
Bonjour Olivier ! Si j’ai bien compris, tu as choisi ton nom de famille comme nom de groupe. Pourquoi avoir fait sauter le prénom finalement ?
Au départ, je cherchais un autre nom, et puis, comme je ne trouvais rien, j’ai gardé juste Daguerre. Avec le prénom, je n’aimais pas trop, et puis, c’était plus direct, ça ressemblait plus à ce qu’on faisait sur scène, c'est-à-dire qu’il y a un côté plus brutal.
Et vous êtes combien alors ? Deux ou trois ?
On a démarré le projet à deux, effectivement sur scène, avec le bassiste Michel Moussel. Depuis un an, on est trois, on a du renfort avec une guitare électrique et Olivier Boudignon.
Quand as-tu rencontré Cali ?
Je l’ai rencontré il y a presque six ans maintenant…
D’accord, c’est déjà une vieille amitié !
Ouais ! C'est-à-dire que lui sortait son premier album et son titre commençait à passer sur les ondes. Et moi, c’était un de mes tout premiers concerts, je faisais sa première partie dans les Landes, c’était dans une petite salle, il n’y avait pas grand monde et on a fait une belle troisième mi-temps. On a sympathisé de suite et ça dure depuis maintenant quasiment six ans.
Et justement, ce ne serait pas la voix de Cali justement qu’on entend au loin sur la chanson « l’œil » ?
Non, je n’avais pas les moyens financiers d’embaucher Cali ! (rire) Non, c’est moi qui fais toutes les voix, mais ça aurait pu hein ! On a déjà fait sur scène des titres ensemble où il fait des chœurs sur nos titres et ça le fait bien ouais !
Quel rôle a-t-il joué dans la création et la sortie de cet album ?
Disons qu’au départ, il m’a laissé une liberté totale pour bosser. Il nous a surtout mis en relation avec des personnes par rapport au projet que j’avais, il a joué un rôle de logistique et de mise en relation avec des artistes qu’il connaissait. Il l’a fait très discrètement et dans un esprit très relax, très simple et humain. C’était toujours des super rencontres. Les gens qui l’entourent lui ressemblent au niveau de sa générosité.
Est-ce qu’il t'a donné son avis sur les chansons ou il n’est pas du tout intervenu sur le plan artistique ?
Il avait déjà eu les maquettes, il venait de monter un studio vers chez lui, vers Perpignan. Il nous a juste proposé de venir maquetter au départ parce qu’il savait qu’on était en train de monter un nouveau projet discographique. Suite à ça, il nous a dit « Revenez, on va faire un album. Super, ça me plait », tout simplement. Après, sur la finalité, oui, il a donné son avis. Et surtout, après, il a eu l’envie de nous embarquer avec lui sur pas mal de premières parties en Zénith…Et puis voilà…
Vous avez monté un sous-label, c’est ça, ensemble ?
Alors non…Ce qu’on a fait, c’est comme une coproduction et ensuite, le label, c’est Bruno Cali donc, qui l’a monté avec Bruno Buzan qui est son manager et son ami depuis toujours. Et nous, on est la première signature de leur label. Après, nous, on a une structure, chez les Daguerre, qui fonctionne un peu en famille indépendamment de la leur, et c’est ce qui leur a plu. C’est pour ça qu’on parlait d’un rapprochement catalano-basque. Ils ont une histoire humaine qui ressemble à la notre.
Pour parler un peu de tes chansons, tu rends hommage à Léo Ferrer. Que penses-tu qu’il reste de son œuvre aujourd’hui dans le cœur des gens ?
Disons que je suis toujours assez surpris…Léo Ferrer, je trouve qu’on n’en parle pas assez. C’est vrai qu’on cite souvent Brel, Brassens et Ferrer, mais on détaille toujours plus Brel, ensuite Brassens, et en dernier Ferrer. Après, c’est vrai qu’il avait une œuvre moins évidente au niveau commercial ou discographique pour passer sur les ondes. Mais pour moi, c’est quelqu’un qui, dans ce côté entier, dans la façon aussi de gérer sa carrière, et dans sa façon d’être jusqu’au bout lui-même, ce côté écorché qu’il avait, jamais résigné, toujours sur le qui-vive, avec une poésie incroyable, et quand même avec un état d’esprit politique qui dérangeait un peu… C’est le genre de personnage qui manque aujourd’hui, je trouve…dans la chanson.
Et si toi, comme Cali l’a fait pour toi, tu soutenais un artiste actuel, tu choisirais lequel ?
Bin, il y en aurait plein ! Comme c’est un métier de rencontres et qu’on fait ça pour le partage d’émotions, on vit au jour le jour un peu, pour vivre des émotions fortes, humaines…Pour moi, ce serait Les rois du pétrole, c’est un groupe de Paris que j’aime beaucoup…Il y a Béa aussi, une chanteuse sur Bordeaux…Sacha, une chanteuse aussi sur Paris.
On te compare pas mal à Noir Désir, ça te fait quel effet ?
Ca sert et ça dessert plus qu’autre chose parfois…L’histoire, c’est que dans mes influences, comme beaucoup de personnes de ma génération, c’est un groupe qui a complètement bercé mon adolescence, ça a été un choc à ce moment-là. C’est un groupe qui a confirmé en moi l’envie de faire ce métier. Après, je trouve que musicalement, ce n’est pas super flagrant. Il y a d’autres artistes qui ont quand même une filiation plus directe artistiquement…
C’est peut-être plus une histoire d’image ou de look alors non ? Plus d’image que de musique ?
Peut-être oui, il y a peut-être de ça. Et puis le fait que je les cite souvent parce que c’est vrai qu’ils ont vraiment fait partie de ma vie artistique. Après, le fait que je les connaisse aussi personnellement, ça joue un peu quand même, au niveau amitié et tout ça…Et puis, c’est aussi un groupe, dans le paysage rock français…Enfin, je ne dis pas que c’était les seuls, mais après eux, il y a eu un grand désert dans le rock français. Leur absence est…longue, voilà.
Comment as-tu choisi le titre de ton album ?
Daguerre : Par rapport aux textes, j’ai écrit les chansons sur une période assez courte. C'est-à-dire qu’en six mois, j’ai fait tous les textes, alors que d’habitude, c’est très laborieux. J’écris de façon un peu désordonnée sur un ou deux ans. Et là, sur les six mois, j’étais assez proche d’une certaine résignation, et je n’aimais pas me voir comme ça, parce que c’est comme une petite mort quand on est comme ça. Et j’ai croisé pas mal de personnes à ce moment-là qui m’ont envoyé un coup d’énergie dans la gueule très très fort, des personnes qui avaient une force de vie alors qu’ils étaient dans une situation sociale ou autre très critique, des personnes de tous horizons. Chaque personne m’a inspiré une chanson, donc c’est toujours sur ces rencontres qui m’ont vraiment ému et c’était des personnes qui elles, refusaient d’être résignées, et elles m’ont refilé un sacré coup de boost. Et « Le cœur entre les dents », c’est venu du fait que ces personnes-là étaient vraiment très dépouillées, et le simple appareil qu’est le cœur, ils osaient vraiment le mettre en avant et ils arrivaient à vivre avec une certaine utopie, sans calcul ni rien, avec un côté humaniste qui n’existe quasiment plus de nos jours, et surtout, sans la peur d’y aller quoi. On est quand même dans une société super sclérosée avec la peur qui est enseignée à tous les étages, et ces gens-là étaient comme des résistants du cœur, ils partaient au combat uniquement avec leur cœur. J’ai donc juste remplacé le couteau par le cœur, c’est cette sorte de rage qu’il y avait en eux, une rage très positive, mais qui est très importante, je trouve aujourd’hui.
Justement, ça me donne envie de rebondir sur la chanson « Des plumes blanches » qui me bouleverse vraiment. J’aimerais savoir, si ce n’est pas trop indiscret, qui te l’a inspiré ?
Cette chanson parle de la maladie soudaine qui nous tombe sur la gueule. C’est vrai que c’est assez personnel, mais je me rends compte qu’autour de moi, tout le monde a plus ou moins croisé quelqu’un qui tombe malade gravement…Et moi, j’ai eu une série sur cinq ans : trois amies proches, que des filles, toutes la trentaine : une est partie, une dont ça fait six ans qu’elle lutte avec un courage pas possible et c’est pas encore gagné, et une autre amie dont ça fait maintenant deux ans…Et je trouvais cette série assez incroyable. Elles ont en commun, pour celles qui sont encore là, une joie de vivre, donc on voit toujours ce côté injuste…Enfin, c’est jamais juste…Mais quand ça vient faucher quelqu’un comme ça, dans la grâce, dans la féminité, chez des gens qui me touchent vraiment beaucoup…Voilà, il en sort après, des chansons comme ça.
Ta choriste s’appelle Aurélie Cabrel, j’imagine que ce n’est pas un hasard. C’est la fille de Francis ?
Oui oui !
Francis qui t’avait repéré, il me semble, il y a quelques années ?
Oui, j’avais été invité à me produire à Astafforts, il y a trois ans. Par hasard, j’ai rencontré Aurélie et son ami Cédric Moulié avec qui je travaille depuis, qui fait tous mes arrangements cordes en fait sur mon disque. Voilà, on avait sympathisé, et je ne savais pas qui elle était, et par la suite, quelques jours après, je rencontre donc Francis Cabrel qui nous propose de produire ce qui était notre 2ème album « ô désir » qui est sorti en 2006. Et puis voilà, j’ai su qu’Aurélie était la fille de son papa…Et il y avait déjà une histoire d’amitié qui s’était instaurée et quand j’ai écrit la chanson « Notre amour était presque parfait »…D’habitude, elle ne chante pas, mais j’avais entendu son grain de voix et je trouvais qu’elle avait une voix qui collait complètement avec le titre, donc je lui ai simplement proposé de mettre sa voix sur cette chanson.
Ce qui me surprend dans toute cette histoire, c’est qu’on dit que le milieu de la musique est une sorte de jungle où tout le monde se bouffe, et quand on voit des artistes comme toi, Cali et d’autres, on voit qu’il y a aussi de grandes familles d’amis et on en parle peu…
Daguerre : Cela dit, ça reste un sacré milieu de merde ! C’est un milieu très particulier, très dur, où il est quand même vrai que personne ne se fait de cadeaux. Il y a aussi une certaine hypocrisie qui règne en maître, faut pas le leurrer. Après, il y a, bien entendu, des exceptions…C’est un coup de chapeau à Cali ou même Francis Cabrel, parce qu’ils sont quand même des exceptions. Nous, on a fait énormément de 1ères parties, et en général, les artistes sont corrects, il n’y a rien à dire…Mais après, quand on parle de l’investissement humain, ou alors des personnes qui arrivent à ne pas se prendre au sérieux dans le sens où ils ont quand même les pieds sur terre, en se disant que c’est une chance inouïe de nos jours, de vivre de sa musique… Quand ils ont cette simplicité là, après c’est comme n’importe quelle rencontre qu’on ferait dans la vie, quand une amitié se créée comme ça quand on l’attend pas…Pour parler de Cali, et aussi d’autres artistes moins connus que j’ai rencontré, il y a encore, heureusement, cet état d’esprit à l’ancienne, c’est souvent des personnes qui ont vécu la musique à l’ancienne où au départ, on décidait de faire ça de façon un peu épicurienne, plus pour un partage et vivre la vie à fond. Ils ont gardé ça je pense, autant Francis dans son style que Cali dans le sien qui est plus explosif.
Justement, Cali est plutôt engagé politiquement. Est-ce que toi, ça te fait envie quand tu le vois pousser des coups de gueule sur les plateaux télé, s’investir aux côté de Ségolène Royale ?
Curieusement non. J’ai plus de pudeur à ce niveau là, je m’engage dans ma vie quotidienne depuis toujours. Après sur les idées, c’est sûr que quand on écoute mes chansons, on comprend que je ne suis pas de droite. Après, je n’ai aucune confiance au système politique, la récupération et tout se qui se dit à côté…Et puis, ce n’est pas dans ma personnalité d’aller soutenir un parti ou une personne en particulier. Je fais régulièrement des concerts pour défendre les sans-papiers, ou des causes qui nous semblent justes, mais il n’est pas nécessaire d’être chanteur pour faire ça. C’est presque naturel, parce qu’il y a un côté invivable de se contenter de son petit confort à un moment…Par contre, quand c’est fait sincèrement, comme Cali…On lui tire souvent dessus à boulet rouge à ce niveau-là…Mais lui, il est tellement sincère quand il le fait, et puis, ça correspond à sa personnalité, que moi, ça ne me gène pas du tout. Après, moi, j’ai plus de timidité à ce niveau-là…
J’ai vu que tu allais bientôt passer à Taratata, l’émission a été enregistrée ? Alors, c’était comment ? Bonne expérience ?
Bin c’était bien ! C’était une grande expérience aussi. Disons qu’au niveau de l’émission, on est vraiment dans des super conditions techniques, et c’est dans les conditions du direct. C’est un exercice pas facile. Nous, on a joué un titre, donc pas droit à l’erreur. Ça permet aussi de croiser des professionnels de la télé comme Nagui qui est un mec vraiment sympa…
…qui est un passionné lui aussi.
Ouais, il sait de quoi il parle, c’est un grand professionnel, passionné de musique vraiment…ça fait toujours plaisir de rencontrer des personnes qui ont cette passion commune…Il n’y a pas un fossé entre les artistes et les gens autour.
Quels sont tes projets pour 2009 ? Tu as des concerts bien à toi ou tu continues les 1ères parties ?
Heureusement, j’ai quelques concerts à moi dans des petits lieux. J’espère en avoir le plus possible…Après, j’aurai quelques 1ères parties qui se profilent…Et on espère aussi quelques festivals. Tout ça est en chantier. Moi, je fais ce métier surtout pour la scène donc j’espère vraiment qu’on va jouer le plus possible.
Je te le souhaite en tout cas. Je te remercie pour cette interview et puis, bonne chance pour la suite ! Au plaisir de te voir sur scène à nouveau ! A bientôt !
Eh bien merci beaucoup ! A bientôt ! Au revoir.
Lucy pour Zikannuaire.com
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Chronique du CD .