Pfiou, mrrr, grrrpf, grouwarf, voici en substance les premiers sons qui sortent de ma bouche à l’écoute de cette échelle de désir… Quatre, trois, deux, un… je reprends… à l’écoute de cette O’ combien merveilleuse autant que théâtrale œuvre musicale, car c’est bien d’une œuvre au sens noblement artistique du terme dont il s’agit là, tant par son intelligence graphique et grammaticale, que par sa créativité, et bien seul l’expression onomatopale et gestuelle prend le dessus.
Les quatre Jack Dupon revisitent et transcendent les canons du genre… appelez ça comme vous voudrez, rock psychédélique, progressif, déjanté, symphonique… balivernes et foutaises pour incultes… Cette échelle du désir n’est autre que de la Musique, oui, oui… avec un M majuscule ! Surprenante et envoutante, à ranger au cotés des plus grands, et les références ne manquent pas. Les fans de Ange ou de King Crimson y trouveront leur compte, mais, plus proche de nous, leurs graphismes musicaux ne sont pas sans rappeler les délires des japonais de Ruins ou des amerloques atterris en république tchèque de Sabot. Les rythmiques improbables sont magnifiquement maitrisées par une section rythmique im-pé-cable … Et même si l’utilisation de la sur-saturation des guitares rapproche irrémédiablement vos oreilles des plus beaux délires du maitre Robert Fripp, les douze cordes présentes (bin oui, deux fois six cordes font bien douze non ?) installent des dialogues presque compréhensibles tant ils sont expressifs et parfaitement bien sculptés.
Autant vous le dire tout de suite, cet album ne s’écoute pas comme on peut écouter une soupe pop de treize ou quatorze plages de trois minutes, non, pour apprécier pleinement ce tableau, mieux vaut éviter de le subdiviser, d’ailleurs le premier opus la trilogie des mouches, ouvre le bal accusant tranquillement ses vingt neuf minutes et des poussières, et ce, sans la moindre longueur… Les arrangements sont toujours surprenants et même déstabilisants parfois… nos quatre sbires s’octroieront en plus, histoire d’enfoncer le clou, le luxe de réitérer la formule quelques encablures plus tard avec leur homme à la jambe qui boit de presque vingt quatre minutes, c’est vous dire si le format des radios commerciales leur est étranger. Dans le presque after-punk de Cousine, la langue de Molière vient, badine, croiser le fer avec celle de Shakespeare pour un délire poético-sculptural du meilleur effet non sans ramener à notre mémoire le premier album des palois de Kourgane ou quelques réminiscences des suisses de Goz Of Kermeur. Ceci étant, les langues employées pour les textes n’ont de réelle importance que dans leurs sonorités, leurs graphismes. Les voix existent tout au long du fil conducteur comme trame liante, employées comme un instrument à part entière, pas comme un point de focalisation. Etat leur permettant de surcroit de se laisser aller vers des délires vocaux totalement surréalistes du plus bel effet.
Vous l’aurez compris, on déguste Jack Dupon comme on déguste une symphonie de Bruckner ou un disque du génialissime Hugues Le Bars. Vous me direz qu’il n’y a pas de point commun entre ces trois là et vous aurez raison, je dis juste qu’ils font partie de ces gens que l’on écoute tranquillement le cul posé dans un fauteuil et le son au plus fort qu’il soit possible. Evidemment on peut mettre l’album de Jack Dupon en musique de fond pendant qu’on passe l’aspirateur, mais croyez moi, c’est en leur offrant une bonne heure de son temps que le bonheur mélomane se trouve comblé ! Prendre le temps d’écouter en profondeur cette échelle du désir, c’est prendre le temps de faire un voyage rare et précieux dans la quasi-totalité de l’histoire du rock’n’roll… parfois blaster musclé à la Primus, parfois kitsho-pop façon James Taylor Quartet (il ne manque que l’orgue Hammond ! gasp !), ou encore totalement progressif à la Gong, aussi obsessionnel que le meilleur du Kraut-rock, je veut parler de Can bien sûr, et croyez-moi, quand je prends le risque de citer les allemands de Can, c’est que le niveau est vraiment très très haut, sinon je cite Faust (non j’rigole, Faust c’est bien aussi, mais, heu… moins bien ! sic !).
Vous l’aurez deviné, je suis totalement sous le charme de ce disque et ne saurai que trop vous conseiller de lui accorder un peu de votre temps, il le mérite d’autant plus que la production est méticuleusement soignée, enregistré chez eux et mixé au studio Free-Son de Toulouse par le sieur Fred Ibanez en personne, cet album sent bon les instruments vrais et la créativité brute de décoffrage … à manger jusqu’à l’over-dose !!! J’ai dit !
Sortie le 30 septembre 2008 chez Gazul-records.
Leur myspace.
Morceaux en écoute.