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Marianne FEDER

Mise en ligne le 04/09/2008 - (Lu 1445 fois)

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Après « le nombril du monde », un premier album farouchement swing et manouche, où elle nous invite à voyager « sans bagages » , entre le canal Saint Martin et la plage d'Ipanema, dans une caravane ou sur le fil d'un funambule , Marianne FEDER présente aujourd'hui son deuxième album intitulé « Toi mon indien », dont la sortie est prévue en septembre 2008. Plus personnel et intime, « Toi mon indien » est un voyage intérieur, une respiration, une ode à la vie, à l'amour, au temps qui passe et nous échappe...

Si Marianne composait déjà toutes ses musiques dans son premier album, elle se révèle ici une plume gracile et nous dévoile ses fragilités, et ses dérives intérieures comme dans son morceau «Vent d'est» ou la fille de l'Est née à l'ouest :«Ralentis et profite du voyage intérieur, dans ma tête c'est le vagabondage, échouée Gare de l'Est, posée sur une trompette, c'est la danse de la mouette grisée par la tempête, bercée comme l'enfant par ce chant incessant, complètement à l'ouest, je rêve de ce vent d'est».

Là encore, elle compose, écrit et arrange mais travaille cette fois-ci avec Daniel Yvinek qui réalise son album et de leur collaboration naît un bel univers fait de feu et de vent. « Toi mon indien » est un mélange de textures et de genres qui s'inspirerait autant de Kusturica et de Tom Waits que du cinéma et des films de Tarantino ou d'Audiard.

Dans cet album plus « groovy », Marianne invite les fanfares tzigano-rock de la Caravane Passe et de Ziveli pour la couleur slave-parisienne, et Toma Feterman, l'inventeur fou du serbo-parigot, à venir chanter avec elle. Stéphane Guillaume avec sa clarinette basse et ses flûtes envoûtantes amène une couleur très personnelle allant de Mingus aux films noir, tandis qu'Albin de la Simone et son compagnon inséparable Helmut, et Seb Martel à la guitare Surf, apportent leur savoir faire rock'nroll et électriques ! Il y a bien sûr Daniel Yvinek le magicien aux milles sons qui joue lui-même tous les instruments possibles et imaginables allant de la contrebasse à la guitare-basse, ou de l'autoharp au Dobro... mais aussi Fabrice Moreau et Meyvélian Jacquot à la batterie, Cédric Legay au piano, François Hégron à la guitare, Benjamin Body à la Contrebasse...

Enfin, Marianne chante en duo avec Alexis HK son grand ami « un blues à deux accords », composé et écrit ensemble. Elle enregistre au Studio Mercredi 9 et se laisse guider par les oreilles expertes de Fred Carryol qui fait le son et mixe son album. "The final touch" est apportée par Peter Mew qui masterise au studio Abbey Road à Londres.

Bonjour Marianne et merci pour cette délicieuse invitation à voyager au cœur de l’amour et de ces turpitudes, qu’est-ce qui t’a donné envie d’explorer ce sentiment sous toutes ces facettes ?

Bonjour ! « C’est je pense ce qui nous relie tous sur cette terre, le sentiment amoureux est présent dans toute relation sous différentes formes, que ce soit dans une relation de couple, amicale, fraternelle, maternelle mais aussi dans la déception, l’humiliation ou la colère… L’amour pour moi est source à la fois du bonheur et du conflit, mais je le préfère mille fois à l’indifférence. Il est ma première source d’inspiration.

Ton premier album était plus centré sur le voyage. Où nous emmèneras-tu  la prochaine fois ? Y as-tu déjà réfléchi ?

Mon deuxième album parle aussi beaucoup de voyage, mais cette fois- ci, mon voyage est  imaginaire, fantasmé…, On n’est pas toujours obligé d’aller à l’autre bout du monde pour voyager, dans « Je vais peut-être attendre demain pour devenir quelqu’un de bien », je suis à la fois au Chiapas, à Hollywood et dans mon lit, cool non ?et là je suis bien…

Pourquoi ce titre : « Toi mon indien » ?

« Toi mon Indien » le titre de l’album, est tiré d’un des morceaux qui est pour moi peut être le plus évocateur de ce que j’avais envie de faire sur ce deuxième album. C’était d’abord une envie. L’envie d’écrire une chanson qui ne soit pas tout de suite identifiable. Il y a un refrain fort mélodiquement qui nous rappelle qu’on est dans de la chanson, mais il y a aussi toute une première partie parlée, sur des rythmiques de cultures différentes. Il y a le gamelan qui ponctue tout le morceau qui rappelle l’Asie, une batterie plus groove, un surdo  et un shaker qui soulignent le brésil. Et puis il y a les cuivres qui me rappellent la fanfare de l’Est ou les cuivres des musiques de  Carla Bley et enfin la voix qui se pose. J’aime beaucoup le rap même si je me sens incapable de rapper. J’adore le rythme des mots et parler sur de la musique, c’est assez grisant. Toi mon Indien, c’est un morceau éclaté, riche en couleur, sans frontières, où les éléments de la nature, le corps, la sensualité sont très présents. J’ai écrit ce morceau dans un contexte particulier, j’étais enceinte de huit mois, très consciente de mon corps, de ce bébé qui naissait en moi et même si je suis quelqu’un de très urbaine, j’étais tout à coup face à quelque chose de magique, je donnais la vie et je me sentais proche de la nature…Et je venais de voir le film d’Al Gore sur le réchauffement climatique et notre « bel avenir » écologique… En même temps on était en pleine période électorale, c’était avant les présidentielles, donc il y avait tout un contexte de pouvoir, de rivalités, de violence auquel je suis sensible car je suis beaucoup l’actualité…

 Bref tous ces éléments se sont mêlés dans cette chanson et je crois que « Toi mon Indien » est avant tout une recherche de paix, de sérénité, l’Indien pour moi évoque l’image du guerrier pacifique qui se bat pour la survie de l’espèce, évoque aussi la sensualité, l’authenticité et la sérénité. Et l’amour, bien entendu…, Toi mon Indien est une déclaration d’amour, un cycle de vie, un combat pour  la paix. Bon j’arrête car je pourrais en parler des heures.


Le voyage est toujours très présent dans la thématique de cet album. Tu es toi-même  une grande voyageuse.  Peux-tu nous parler un peu de tes origines ?

Je suis née en France, à Paris. Mes grands parents étaient Polonais, ils ont émigré dans les années 30 en France. Petite, je les entendais parler yiddish entre eux. Plus tard quand j’étais à la fac en musicologie, il y avait une option yiddish et j’ai décidé de l’apprendre. (mes parents ne parlent pas le yiddish, ou peu). Il y a donc quelque chose d’intergénérationnel, presque d’inconscient chez moi, on est toujours attiré par ses origines, il me semble, ça revient forcément à un moment de notre vie. Je me sens entièrement française mais malgré tout, j’ai été élevée dans cette culture slave, à écouter de la musique tsigane, manger des cornichons polonais, à lire Singer, Dostoïevski et Tolstoï, tout en lisant par ailleurs Boris Vian, Sartre et en écoutant du jazz, Barbara et Jacques Higelin.…En fait je me suis toujours sentie terrienne, je ne comprends pas le mot « frontières », quand je découvre une autre langue, une autre manière de penser, une autre culture, je me sens plus riche, j’adore ça, à chaque fois que  je voyage, je renais dans une autre peau.

Comment s’est formée cette grande et belle équipe artistique qui a façonné cet album ?


Il y a eu d’abord une belle rencontre avec Patrick, mon producteur, qui s’est vraiment bougé pour que cet album voit le jour (ce qui n’était pas gagné, j’avais sorti un 1er album qui avait à peine été distribué…), Il a créé Lepic&Colegam, constitué une équipe solide autour de moi et m’a laissé toute liberté artistique pour réaliser cet album. Nous avons fait appel à Daniel Yvinek et ce fut encore une belle rencontre. Daniel m’a énormément aidée, nous nous sommes complétés. Je cherchais quelqu’un qui me permette de me transcender, nous avons tous des tics musicaux, et j’avais envie d’en sortir, d’aller plus loin. Daniel a su mettre le doigt sur ce qui était essentiel dans chacune de mes chansons, m’a aidé à épurer certains arrangements et à en construire d’autres. Au lieu de réunir une équipe de musiciens attitrés, nous avons d’abord choisi le type de son que nous entendions sur chaque morceau. Quand nous voulions une guitare un peu surf, rappelant les films de Tarantino, nous avons fait appel à Seb Martel qui a la liberté de jouer n’importe quel style d’ailleurs, mais qui a un son particulier. Je voulais un son de fanfare un peu crade, rappelant la fanfare de l’est mais sans y ressembler complètement, je savais que la Caravane Passe et son ambiance punk et festif serait idéale, et je savais Toma Feterman(le chanteur compositeur de la caravane)  assez fou pour m’improviser un solo serbo-parigot sur Vent d’Est…Pour les cuivres plus raffinés, plus jazzys, nous avons fait appel à Stéphane Guillaume qui passe avec aisance de la flûte traversière à la clarinette basse (il fait un super solo sur « je t’attends »). Il y a eu les batteries de Fabrice Moreau, Albin de la Simone pour les claviers, j’ai fait appel aux musiciens du Farouch’Orchestra (François Hégron, Cédric Legay, Méveylian Jacquot, Benjamin Body) pour les morceaux plus swing. Et puis bien sûr il y a Alexis HK, mon ami, avec qui  je chante « le blues à deux accords », une chanson écrite ensemble. Nous avons enregistré à Mercredi 9 avec Fred Carrayol qui s’est énormément investi, sans oublier Antonio Arroyo qui a réalisé une pochette et un livret magnifiques, bref une belle équipe…

Un deuxième album masterisé à Abbey Road ! As-tu visité le mythique studio ?

Oui j’y suis allée avec Patrick, Daniel Yvinek et Fred Carrayol.. C’était très émouvant. L’album a été masterisé par Mister Mew qui avait masterisé des albums de John Lennon et David Bowie, rien que ça…

De quoi parle la chanson « papirosn » ? C’est du serbe, c’est bien ça ?

C’est du Yiddish. Papirosn veut dire Cigarettes. Ça parle d’un petit garçon qui essaie de vendre des cigarettes et personne ne veut lui acheter, il vit dans la rue sous la pluie… Bref une chanson triste comme beaucoup de chansons yiddish !! Mais Toma Feterman improvise un passage sur ce morceau, dans un langage inventé, et comme il parle serbe, il y a peut-être quelques mots serbes …

Dans quelle langue aimerais-tu chanter ou as-tu déjà chanté ?

Je chante beaucoup en brésilien, je suis une grande fan, le brésil est ma terre d’accueil. J’aimerais beaucoup être plus à l’aise pour chanter ou écrire en anglais tout simplement. Cette langue est faite pour chanter !

Quelles sont tes plus grandes influences musicales ?

Le jazz m’a accompagnée toute mon enfance et encore aujourd’hui. Mingus, Duke Ellington, Coltrane, Charlie Parker , Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Django Reinhardt, mais aussi les grands musiciens brésiliens, Chico Buarque, Vinicius de Moraes, Gilberto Gil. Du côté de l’est il y a Andodrom, Boban Markovitch, Chopin..J’aime le rap (Les Fugees, IAM, Hocus Pocus, Jazz Matazz), le funk (Stevie Wonder, Prince).Beaucoup de musiques m’influencent tout dépend de mon humeur !! Je me mets aussi à la chanson, j’adore par exemple Babx, j’adore sa manière de prononcer les mots, son univers, il chante vraiment bien, ou encore la grande Camille, son dernier album est superbe, groove et beau, mon fils danse comme un fou dessus !

Comment es-tu tombée dans la marmite jazz ?

Mes parents n’écoutaient que ça. Mon père et ses frères jouaient ensemble, ils faisaient un « bœuf » à chaque fête. J’ai vraiment été bercée par le jazz, mes parents étaient amis avec Francis Paudras (qui a inspiré le film Autour de minuit de Bertrand Tavernier), je sais que mes parents ont reçu Dexter Gordon à dîner…J’ai le souvenir d’un premier scat que j’avais appris petite, je m’en souviens encore. C’était dans « Stardust Memories » chanté par Ella Fitzerald.

Toi qui a un parcours artistique très riche, que penses-tu des artistes qui se forment sur le tas, qui n’ont fait aucune école ?

Nous sommes tous des autodidactes. Moi je n’ai pas appris le jazz dans les écoles, ça ne s’apprend pas, ça s’écoute et puis petit à petit c’est comme tout, on se familiarise et bientôt ça fait partie de nous. J’ai surtout appris la musique en confrontant mes propres expériences avec d’autres musiciens, et j’ai encore beaucoup à apprendre, je me sens toujours une enfant avec la musique, avec tout d’ailleurs et c’est ça qui est bon. Je pense qu’il n’y a rien de tel que la tradition orale. Après je suis quand même heureuse d’avoir appris à lire et écrire la musique,  ça s’est fait dans un second temps et ça me donne parfois une plus grande liberté, j’imagine que c’est comme la différence entre le langage parlé et apprendre à lire et écrire. Quand on apprend à lire, on maîtrise mieux le langage. Mais moi je suis quelqu’un qui passe beaucoup par l’écrit, il y a eu des génies de la musique qui ne savaient pas lire une note de musique, c’est bien connu !

« Toi mon Indien » sort ce mois-ci ? Que ressens-tu ?

Je me sens sereine, en phase avec cet album. Pour moi Toi mon Indien est une étape qui m’emmènera vers d’autres chansons, la route est longue, je l’espère.

Lucy pour Zikannuaire

 







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