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Richard KEOCHLI

Mise en ligne le 28/08/2008 - (Lu 1047 fois)

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Richard Koechli, guitariste professionnel depuis 18 ans, a partagé la scène avec de nombreux artistes connus (Larry Garner, Philipp Fankhauser, Yvonne Moore, Polo Hofer, Keiser Twins, Jens Krüger etc.) ; il a travaillé en Suisse comme musicien de studio / producteur avec Daenu Brueggemann, Blues-Max, KRIZZ et d’autres, et s’est fait un nom en tant qu'auteur de livres de musique renommés en Allemagne (« Slide Guitar Styles » et « Best in the West » chez l’éditeur AMA). Sur son nouvel album, l’artiste ne se présente pas seulement comme maître de la guitare ‘Slide’, mais aussi comme un authentique chanteur/auteur bilingue (français et anglais).

Depuis 15 ans, Richard Koechli oscille entre deux univers : En Suisse il gagne sa vie en tant que musicien et producteur - en France (Auvergne) il vit avec son amie Evelyne et y travaille à ses propres projets de musique et de livre. Ce contraste correspond à son caractère et se reflète dans ses œuvres. Déjà son album "Blue Celtic Mystery" (2003, MARA), une fusion de musique et mythologie celtiques avec les racines du Blues, était comme un lien entêté de deux cultures et a attiré beaucoup d’attention dans les milieux spécialisés („He concocts new tales for our timeless times“, Rambles-Magazine, Lancaster). Sur son nouvel album "laid-back", Koechli construit encore des passerelles : il relie de façon ludique différents styles (Folk, Blues, Rock, Cajun, etc..) et emballe tout ça dans des mélodies intensives, accessibles aux connaisseurs de musique ‘Pop’. Il travaille de manière précise avec le contraste de deux fières cultures linguistiques, le Français et l'Anglais. Il change courageusement les thèmes dans ses paroles, passant d’une gaieté décontractée à une profonde mélancolie, ou de l’ironie jusqu’à un brin de cynisme. Et c’est avec légèreté qu’il passe du musicien-instrumentaliste pur au chanteur qui met son Joker (la guitare ‘Slide’) au service de ses histoires. « J’ai inversé les rôles ! Inspiré par des discussions sans fin avec Evelyne, j’ai commencé par écrire 13 chansons sous forme de poèmes – sans m’occuper un seul moment de la musique. Le reste viendrait plus tard, j’en étais certain … ».

Un roots-album de grande qualité avec beaucoup de subtilité est né. Koechli n'essaye pas de faire disparaître les traces de ses inspirations (Blind Willie Johnson, Elmore James, Fred McDowell, Hank Williams, Bob Dylan, Ry Cooder et surtout J.J. Cale et Mark Knopfler) – mais il fait tout pour exprimer profondément ses propres histoires. « … difficile à croire que l’on peut venir de l’Europe et faire retentir aussi profondément les racines du Blues des Etats du Sud » (gitarrenlinks) - ou avec les mots de Larry Garner, après avoir invité Koechli sur sa scène à Luzern : « …Maybe I don’t remember your face, but I’ll never forget your Slide-Guitar ! ».

En ce moment, Richard Koechli est en tourné en Suisse – ensuite il prépare (avec son groupe français « Blue Roots Compagnie ») des concerts en France et en Allemagne.

Bonjour Richard ! Alors, dis-moi, quelle relation lie un bluesman à sa guitare ?

      
                                                                                                   
Bonjour Zikannuaire! La guitare a toujours joué un rôle principal dans l'histoire du Blues. A l'époque, c'était aussi pour des raisons pratiques (une guitare ne coûtait pas chère, elle était accessible à tout le monde et se laissait emmener partout), mais les six cordes semblent vraiment être faites pour cette musique.  La guitare permet au chanteur de s'accompagner et en même temps de créer une interaction en jouant des mélodies intensives et spontanées. La complexité de cet instrument (avec toutes ces techniques comme le « bending », « vibrato », « sliding », « hammer-on », « pull-off » etc.) offre une grande subtilité d'expression, et le fait de toucher les cordes directement avec les mains  permet de chercher ton propre son.

La guitare fait partie de ma vie; longtemps avant d'avoir commencer à chanter et à écrire des paroles,  j'ai déjà fait 30 ans de chemin comme guitariste et compositeur. Grâce à cette identité et ces racines, je me sens aujourd'hui libre et indépendant (pas besoin d'engager des vedettes pour arranger mes morceaux.

Qu’est-ce qui t’a donné le goût du slide comme moyen d’expression ?

Dans les années 1980, j'ai découvert le Slide et j'ai tout de suite senti que cela serait le 'panneau' de mon chemin artistique. C'est la technique de guitare la plus limitée (par rapport à la vitesse) et  en même temps la plus expressive ; c'est exactement ce que je cherche: un maximum d'intensité avec un minimum de notes. Le 'Bottleneck' est très proche du chant, on peut presque tout dire avec une seule note ...

Explique-nous ce que tu aimes dans le blues exactement…

Je ne pense pas que l'on puisse me considérer comme bluesman dans le sens traditionnel, car je mélange plusieurs styles (Blues, Folk, Rock, Country) pour faire ma propre soupe. Difficile à expliquer, mais je ressens le Blues plutôt comme esprit, comme énergie. C'est une façon de vivre et de s'exprimer avec intensité et honnêteté. Le Bluesman (ou la Blueslady) joue chaque note comme si ça serait la dernière de sa vie...

Comment écris-tu tes chansons ? Faut-il avoir le blues pour composer un bon blues ?

C'est un cliché. Dans le Blues il n'y a pas que de la tristesse (même si j'aime ce côté mélancolique!) chaque émotion trouve sa place dans cette musique. Le Blues  n'est pas l'histoire elle-même, mais la façon dont on la raconte. Après, chacun trouve sa manière de créer les chansons; moi je commence souvent avec les paroles, c'est le boulot le plus dure pour moi ...

Tu chantes essentiellement en anglais et en français, j’imagine. Y aurait-il d’autres langues dans lesquelles tu aimerais chanter ?
 
Oui, j'ai déjà chanté en Suisse-Allemand (sur l'avant-dernier CD); c'est ma langue natale et je l'adore, mais elle est très dure pour chanter (au niveau des consonants) et personne ne la comprend à l'étranger ... – alors j'ai décidé de m'exprimer en Français et en Anglais.

Peux-tu nous présenter les autres musiciens qui interviennent sur ton album et t’accompagnent sur scène?

Le CD « laid-back » je l'ai enregistré avec mes pots en Suisse, avec lesquels je joue depuis une dizaine d'années sur les scènes suisses : Fausto Medici à la batterie, David Zopfi et Michael Haefliger à la basse, Michael Dolmetsch au piano & hammond, Patrick Bütler au violon et Dani Lauk à l'accordéon & bluesharp.

Je viens de créer un nouveau groupe en France avec des musiciens professionnels: Jean-Marie Peschiutta (guitare acoustique), Natalie Shelar (bass) et Patrick Darnaud (batterie). J'espère qu'on va bientôt avoir l'occasion de présenter « laid-back » sur les scènes françaises.

Comment est né ce nouvel album « Laid Back » et quand est-il sorti ?

J'ai commencé 2004 ou 2005 à collectionner des idées, le CD est finalement sorti 2008 (je me demande comment certains artistes arrivent à lancer un nouvel album chaque année ...J'ai besoin  d'avoir beaucoup de temps pour la réflexion et la création, pour que les choses mûrissent. Il faut avoir vécu pour pouvoir raconter des nouvelles choses et présenter un progrès personnel (ou alors je suis simplement lent ... 'est le premier disque qui me présente entièrement comme chanteur/écrivain et ne pas « seulement » comme guitariste. Ma voix n'est pas faite pour crier, c'est pour cela que j'ai décidé de faire un album décontracté (veut dire « laid-back »).

Tu as toujours joué du blues, ou à tes débuts, as-tu abordé d’autres styles musicaux ?

Non, c'est toutes les musiques « american roots » qui m'intéressent (Blues, Folk, Country etc.), mais aussi le Rock (qui est déjà une certaine fusion de tout cela) et certaines musiques traditionnelles comme le Celtic ou le Cajun. Et finalement je cherche toujours à écrire des « pop-songs »; je n'aime pas le purisme, une chanson populaire avec une belle mélodie qui plait à tout le monde – il n'y a rien de plus jolie ...

Tu sembles avoir une énorme connaissance du blues et de la country. A quel âge as-tu commencé à t’intéresser à toutes ces musiques ?

Il ne faut pas exagérer, faut bien que je bosse quelque chose ... Si on aime une musique, on s'intéresse aussi à l'histoire, aux techniques et aux pionniers de ces styles. En plus j'ai eu la chance de pouvoir écrire des livres sur ces sujets pour un éditeur Allemand (AMA-Verlag), j'ai beaucoup appris grâce à cela.

Tu as enregistré d’autres albums ? Peux-tu nous en parler ?

Oui, j'ai fait deux CDs de musique instrumentale (1992 « Trains of thoughts », 1997 « Envole-toi ») et un disque instrumental & chant (2002 « Blue Celtic Mystery », disponible aussi en France sur amazon.fr). En plus, j'ai arrangé et produit une dizaine d'albums pour des artistes suisses comme Daenu Brueggemann ou KRIZZ.

Tu cites beaucoup d’artistes masculins dans tes influences musicales. Y a-t-il aussi des chanteuses de blues ou de folk qui t’ont marqué aussi ?

Bon, difficile de prouver que je ne soit pas un macho...Il y a toujours eu de grandes artistes féminines dans ces domaines; à l'époque par exemple  Bessie Smith ou Memphis Minnie,  aujourd'hui Bonnie Raitt, Rory Block et beaucoup d'autres. Pourtant une grande partie de l'histoire du Blues a été écrite par des guitaristes masculins; je me demande pourquoi, mais c'est un fait. En ce qui concerne le chant, j'aime bien écouter les voix du style Joan Baez et Susanne Vega (pour le folk), Emmylou Harris (pour le country) et toute l'histoire du gospel/soul. Mais comme chanteur masculin  on ne peut pas s'inspirer d'une voix féminine – ces deux univers sont trop différents.

Toi qui admire beaucoup Dylan, quel genre de messages souhaites-tu véhiculer à travers tes chansons ?

Je change souvent les thèmes en passant d’une gaieté décontractée à une profonde mélancolie, ou de l’ironie jusqu’à un brin de cynisme. Des fois je parle de moi-même, d'autres fois je suis observateur. Mais on a toujours un message, quand on raconte une histoire. Si jamais c'est possible à travers une chanson, je voudrais bien rendre les gens un peu plus sensibles sur les valeurs humaines. Il y a trop de souffrance sur notre planète.

Es-tu un artiste heureux ? Que te reste-t-il à réaliser dans ce domaine ?
  
Une drôle de question ...  Comme humain je suis très heureux; j'ai trouvé la femme de ma vie en France et j'ai un métier qui me passionne.  Mais comme artiste, franchement, est-ce qu'on peut être heureux ? C'est la galère! Les grands bouffent tout, 85% du marché et des médias  de musique sont dans les mains de 4 géants labels (les « majors »), le reste est partagé par des millions de petits label et d'artiste indépendants. En France, les  intermittents de spectacle souffrent, en Suisse (comme partout) c'est la même chose. Mais bon, la galère peut aussi rendre créatif...:-) Il y a toujours un chemin, si on le cherche (aussi grâce à des médias indépendants comme Zikannuaire- Merci!). En tout cas, j'aimerais bien trouver mon public en France.

Lucy pour Zikannuaire

 

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