The contortionist nous présente leur deuxième album, quatrième si on compte les deux EP. La pochette est plutôt épurée, et de loin, posée sur la pile de C.D. qui attendent leur tour, on dirait une pierre précieuse qui brille, de loin j’entends. En y regardant de plus près les détails apparaissent nombreux, géométriques, telle une sphère avec son réseau qui renferme trois "cellules" l’une avec un cerveau, l’autre une structure ADN, et la dernière des profils humains juxtaposés. Ça sent le concept, mais je ne vais pas m’attarder dans des élucubrations sans nom et insérer le précieux C.D. dans le lecteur.
Holomovement démarre doucement avec une voix claire, légère et calme, puis viennent les guitares incisives qui se déchaînent, puis la voix hurlée, ponctuée de passages break, une effusion de sons, de riffs qui m’émoustillent, des passages tempérés aux tornades subites. Et pourtant tout s’ajuste parfaitement, c’est exquis ! Puis la voix susurré, murmurée. C’est condensé, précis et si léger à mes oreilles, je m’enflamme déjà au premier morceau !
Les growls de Feedback loop, les chants hurlés, la batterie en folie, les nappes de synthé me submergent. Cela requiert une écoute "multi-layer", avec des passages réservés à la basse (en fait c’est une des trois guitares) . Tout s’imbrique sans fausse note, justement, précision, efficacité, quelle douce folie que voilà.
Causalityvous assène à nouveau de growls et son chant hurlé, les synthés sont planants, avec ces riffs en contretemps et deux voix qui se font échos. Que dire des solos de guitare liés à la voix éthérée ! Un style froid de premier abord, mais tellement généreux que distille ces musiciens avec ces mélanges de genre qui reste, à mon avis ,une performance tant il est aisé de se briser sur l’écueil de la représentation ostentatoire.
Sur Sequential vision le chanteur-clavier utilise un effet qui déforme la voix à l’instar de Paul Masvidal dans Cynic. Les influences sont là. À nouveau c’est un déferlement de growls. Avec un petit passage au piano style far-west qui a l’air désaccordé (ça doit être un effet voulu, c’est certain).
Geocentric confusion est un tsunami de bonheur, tout est contradiction, mes oreilles sont prises d’assaut, et je ne désavoue pas mon plaisir. Meshuggah a fait de nombreux adeptes, groupe phare qui en aura décidément influencé plus d’un. Cette voix claire à la Cynic lié aux petites touches de piano classique sont idoines.
Dreaming schematics et son intro jazz, magnifique, entrecroisée de riffs, ce méli-mélo est jouissif musicalement parlant, complexe à souhait et toujours si mélodique, tout en contretemps, c’est un chef-d’œuvre. Des solos lancinants qui vous arrachent une larme de plaisir à la fin.
Anatomy Anomalies, accalmie instrumentale, avec le chant clair qui nous transporte dans une autre dimension. Et ses passages growls qui contrastent, à l’image de la musique en clair-obscur auréolée des nuances de notes et d’ambiances. Je suis affecté, mes propos deviennent sibyllins.
Avec Cortical et ses tempos saccadés, on est balloté mais tout cela est toujours contrebalancé afin d’atteindre un équilibre et des solos particulièrement émouvants à la fin.
Solipsis, morceau court avec une forte empreinte meshuggahienne, c’est du délire !
Parallel Tranceet ses nappes de synthés diffusent un souffle de quiétude afin de refroidir mon cerveau en ébullition. Il fallait bien ça pour revenir à la réalité après avoir subi de plein fouet ce pur moment de folie !
Une telle perle cet album, qui resplendit et vous aveugle à la lumière du soleil une fois retiré de son écrin.
Un album si dense et riche, mais qui exige une écoute attentive avec tous les brassages, les influences, les techniques et les émotions qu’il parvient à réunir sans que l’un n’empiète sur l’autre . Cet album, donc, c’est comme les montagnes russes, on n’a beau être retourné dans tous les sens, on ne veut qu’une chose,
y goûter à nouveau sans délai.
Sortie le 19 octobre 2012 via Season of Mist