Il y a des jours bizarres où l’on s’embarque sur une étrange barque perdue au milieu de brumes matinales bretonnes, où une brise aboyante m’apporte des saveurs de Louisiane. Poussé par un vent marin Slim Wild Boar réinvente les racines d’une musique tournée vers l’américaine, entre une folk celtiques distillée dans le fond d’un saloon déserté. Country rythmée et intimiste, à l’ombre de la vie la chaleur de leur obscurité m’envahie. Chemin sombre croisement culturel entre Johnny Cash, Hank Williams, Nick Cave, 16 Horsepower et Léonard Cohen, ils nous dévoilent sous un artwork original leur troisième méfait impudiquement dénommé Tales From the Wrong Side of Town. Le visuel a été confiée au tatoueur Jean-Luc Navette (Heavy Trash, Dad Horse Experience) et colle parfaitement bien au rendu acoustique de l’ouvrage.
Je pose délicatement un pied dans le marécage et dès White Trash Love, la souffrance du lieu m’envahi sous les assauts du duo rennais à la manière d’un road movie de Quentin Tarantino. Leur univers s’entrouvre tel un vieux livre racontant des contes, et nous emporte sur les mélodies lancinantes et noires savamment dosées par Forsaken Shadow. Pas de concession, ils vont à l’essentiel d’un art caverneux crée dans les forges de l’Outside Inside Studio (Reverend Beatman, The Monsters, Delaney Davidson) et gravé sur un substrat totalement analogique.
Nos lascars s’entrelacent sur un rythme martelant le granit avec insistance et une accroche révélatrice à l’image d’un rayon de soleil transperçant ce ciel décalé et intemporel sans pour autant trahir leur personnalité décapante. Les douze titres résonnent entre mer et terre, une complainte intimement liée au blues et la country appuyant la férocité des mélancoliques vindicatives proposées. Le chemin menant à la délivrance est tortueux traversant divers territoires vierges mystérieux et réellement attirants. Ne souriez pas, car l’écoute de Tales from the wrong side of town, risque bien de perturber vos sens et votre imaginaire…
Sortie le 3 novembre 2012 via Beast Records et Kizmiaz Records