En ce matin automnal, je me ballade du côté de Lausanne, quant au détour d'une rue, je me retrouve nez à nez avec les lascars de Bagheera. Les suisses me calent entre les mains leur premier album Drift. Le leitmotiv premier du groupe à l’instar d’une formation voisine telle que Abraham se situe vers cette insatisfaction avec l'existence, et percute clairement ma curiosité. L’engagement de l’opus se fait avec vélocité, mettant sous les feux de la rampe une section rythmique terriblement efficace, et me voilà chamboulé par l’impact des riffs calibrés sur du Pantera ou bien du Slipknot.
Leur patrimoine génétique du groupe est clairement établi et transpire tout au long des dix titres proposés, comme le morceau cliff est son côté martial à la manière d’un Machine Head concassé par des guitares militantes et rageuses. Ils naviguent sur un territoire lourd et sont poussés par une brise mélodique qui ne faiblit jamais. Le serre-fil et accessoirement le gueulard de service nous indique clairement la route à suivre. Ad hoc me bastonne les cages à miel avec une sonorité formatée du côté de Pantera, pour finalement dévier vers la brutalité de Gojira. Done, quant à lui nous offre un certain recul sur l’ensemble avec une embardée atmosphérique très progressive et fini par nous écraser sous une déferlante de riffs énergiques, oppressifs sans pour autant nuire à la mélodie. Quelle belle démonstration de polyvalence ! Le groupe infuse un alchimie dérangeante et bien surprenante, qui bouleverse à chaque écoute mes idées préconçues sur le sujet, apportant du relief et des variations totalement abondées par la grande qualité d’interprétation. Je qualifierai leur musique de metal vicieux intimement lié à un rouleau compresseur acoustique.
Le calibre est limpide et nous sert un breuvage brutal aux ingrédients pondérés comme si Meshuggah se catalysait avec les membres de Cannibal Corpse. 80 years to learn nothing est LE titre prépondérant de l’album et risque bien de générer de magnifiques mosh-pit dans ses futures versions live. Ossified continue le massacre avec des riffs lourds à la limite de la déflagration pyrotechnique, pour s’estomper sur les très tordu Drift. Le bouquet final Eins Zwei Die surnage dans un verre d’adrénaline...
Bagheera est un groupe passionnant, une sorte de funambule marchant sur un fil tendu entre un thrash au groove addictif et un métal alternatif tout en gardant une forte personnalité. Pour un premier jet, ils frappent fort et arrive facilement à chauffer à blanc mes enceintes grâce à une production survoltée et un niveau musical impressionnant. Il n’y a aucun doute à avoir sur la maturité de Bagheera, surtout si vous êtes un amateur averti du genre proposé. Vous pouvez découvrir leur art bourrin sur leur bandcamp, n’hésitez pas !
Sortie le 05 octobre 2012 via Hungry Ghosts Productions