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François Corbier, ce nom vous dit quelque chose bien évidemment, mais connaissez vous l'artiste qui se cache derrière cette barbe et ce large sourire? François Corbier, chansonnier accompagné de son ami guitariste Eric Gombart écume les salles de concerts depuis de nombreuses années, pour des prestations acoustiques enjouées et appréciées. Comme ce personnage très attachant, à l'univers décalé, drôle, et grinçant sera à l'affiche du Sylak Rock Festà St Maurice de Gourdans le 8 septembre 2012, c'était l'occasion de vous dévoiler une interview de Corbier, improvisée au dernier moment à Vienne, le 7 octobre 2011 juste avant un concert. La voici ressortie des tiroirs, et retranscrite ci-dessous.

Bonsoir Monsieur Corbier merci pour cet entretien, étant abonné de votre newsletter le Corbiblog c'est un grand plaisir de vous rencontrer.
Ah d'accord très bien (sourire).
Le grand public connaît peu votre carrière de chansonnier, est-ce quelque chose dont vous avez souffert?
Non, ça ne me fait pas souffrir du tout, c'est normal que les gens me connaissent moins comme auteur de chanson que comme pitre de télévision. Puisque j'ai fait des années l'andouille à la télé avec mes camarades, et que la télévision touche des millions de gens d'un seul coup. Quand on y est tous les jours pendant quinze ans, ça reste ancré dans l'esprit des gens. Et ce que je fais maintenant n'intéressant pas les médias ou peu, il est évident que les gens ne peuvent pas savoir ou ne sont pas au courant. Ce n'est pas dramatique, ce n'est pas grave. A partir du moment où les organisateurs de spectacles me font confiance quand même, ça va. Ce qui serait embêtant c'est que le public ne soit pas au courant et que les organisateurs ne veuillent pas entendre parler de moi, alors là oui ce serait embêtant.
Pour tout ceux qui ne connaissent pas vos chansons, comment définissez vous votre propre univers musical assez proche de Brassens, non?
D'abord je voudrai qu'on soit bien bien clair, quand on parle de chansons, comme pour des gens comme moi on ne fait pas de musique. On fait des chansons! Brassens fait des chansons, Leo Ferré fait des chansons, Julien Clerc fait des chansons. C'est Mozart qui fait de la Musique. C'est Bach qui fait de la musique, Dizzy Gillepsie, et sans doute des tas d'autres gens. Mais quand on fait de la chanson on fait à la fois de la musique et à la fois de la littérature. Cette littérature n'est pas de la poésie, et la musique que nous faisons n'est pas de la musique. On fait des chansons. Et les gens qui font trois accords, ou qui tapent comme des sourds sur une batterie pendant des heures ne font pas non plus de musique, ils faut qu'ils s'en persuadent. (rires). On fait des chansons. Tout le monde ne fait pas de la musique.
Gainsbourg disait, " Il n'y a pas d'école avec trois accords on fait une chanson ". Alors ensuite il y a un travail d’arrangeur, l'arrangeur lui va faire de la musique, car lui va jouer avec les notes là on rentre dans la musique. Mais le type qui écrit trois mots et qu'il dit " ma poésie " c'est aussi ridicule que celui qui a écrit trois chansons et qu'il dise " je fais de la musique ". C'est grotesque.
Je ne fais pas de musique, même si je suis accompagné par un magnifique musicien, même si j'essaie de m'appliquer dans ce ce que je fais sur ma guitare, je considère que ce n'est que de la chanson. J'écris ce qui me passe par la tête, et de temps en temps ce que j'ai écrit me donne envie de prolonger, d'aller plus loin, et j'essaye de m'appliquer pour que ce soit le mieux écrit possible. Quelques fois on me le reproche parce que j'ai une écriture très classique, puisque je me sens plus proche de Brassens. Je considère que la chanson a ses lettres de noblesses quand on s’applique à faire de beaux textes. J'essaye d'être proche de gens que j'ai aimé quand j'avais quinze ans, comme ceux d'aujourd'hui essaient d'être le plus proche possible de ce qu'ils écoutent à la radio.
Moi j'ai été bercé par Brel, Brassens, Leo Ferré, Juliette Greco, Yves Montand, par des chanteurs américains, comme Bob Dylan, Pete Seeger, ce sont des gens que j'aime, et que je continue d'écouter maintenant, et j'ai envie d'être proche de ces gens la. Avec bien sûr Maxime Le Forestier, Renaud, et quelques autres plus jeunes.
Actuellement sortez vous vous vos disques en autoproduction ?
Je suis un peu vieux maintenant (rires), je ne suis pas une star de la chanson, les maisons de disques ne se précipitent pas, mais si elles veulent m'appeler elles peuvent! (rires). Donc je fais mes disques moi même, avec mes amis musiciens, on fait ça à la maison, on tire les disques à peu d'exemplaires, à un millier d'exemplaires et quand il y en a plus, bah il n'y en a plus.
Il y en a un en préparation, et il y en a même deux en préparation. Normalement si tout se passe comme j'aimerai, je devrai en enregistrer un en studio fin 2011, ou début de l'an prochain, et enregistrer un autre en concert au Thou Bout d'Chant. Mais rien de sur pour le moment. 
Quels sont les sujets que vous allez aborder dans vos nouvelles chansons?
J'ai essayé de diversifier les thèmes de mes chansons. Ça va faire le cinquième album post télévision (rires). J'essaie de ne pas traiter les même sujets que j'ai déjà traité dans les albums précédents. J'avais parlé de Dieu une ou deux fois, soit pour en rire, soit au contraire pour en pleurer. Et il y aura d’autres sujets qui seront traités, ce sera peut être un peu plus léger, moins engagé, moins comique, donc plus léger, mais il y aura quand même des chansons amusantes.
Vous avez la particularité d'alterner des sujets engagés, d'autres teintés d'ironies, et d'émotions, et bien évidemment des passages très drôles dans vos chansons, et concerts (et également dans vos écrits sur le Corbiblog).
Je ne sais pas si vous, ça vous fait ça, mais lorsqu'on va à un concert, entendre un type qui chante sa misère toute la soirée c'est vite fatigant, c'est vite emmerdant. Donc j'ai besoin de faire rire les gens, et puis aussi de les faire un peu réfléchir, je ne suis pas un grand philosophe mais enfin, essayer de leur dire des choses, et puis si on doit pleurer, bah on pleure. Je ne me sens pas suffisamment costaud pour faire que le comique ou que pour faire le tragédien. Il me semble que pour le public c'est plus agréable de passer du rire aux larmes, et de se regarder et de se dire " Et merde ce n'est pas si crétin ce qu'il raconte ". Donc ça fait du bien.
Quand j'étais jeune et qu'on allait aux spectacles, ils étaient comme ça. Quand on voyait un chanteur il n'y avait pas que des chansons tristes, il n'y avait pas que des chansons d'amour, il y avait aussi des sujets bizarres, je me rappelle d'un chanteur qui s'appelait Felix Marten, et il chantait des chansons d'amour et des chansons comiques, et il avait une chanson invraisemblable qui s'appelait " deux paires de souliers "qui racontait l'histoire de deux paires de souliers dans un corridor, pourquoi pas ! (rires).
Êtes vous satisfaits de jouer dans des petites salles comme ce soir, ne mériteriez vous pas de jouer dans de plus grandes salles?
J'ai fait Bercy récemment lors d'un concert de Dorothée, c'est déjà une salle moyenne (rires) Il n'y a pas de règles, il m'est arrivé de faire des festivals en plein air devant beaucoup, beaucoup de gens, l'important c'est qu'il y ait des gens. Si on est dans une salle de cinquante personnes, et qu'il n'y en a que trois qui sont venus, c'est embêtant.
Mais en fait c'est beaucoup plus facile de chanter devant cinq mille, dix mille ou cinquante mille personnes. Parce que si les gens viennent pour euh, on va dire Johnny, et qu'il a la gentillesse de m'inviter. Alors, bon j'y vais et je vais passer devant cinquante mille personnes. Et je me dis que dans les cinquante mille, il y en a bien une centaine qui me connaissent un peu. Donc je vais me mettre à chanter, et les cent vont se mettre à chanter aussi. Si ils sont devant moi je vais les entendre et je sais que les autres vont se mettre à chanter aussi. Puisque de toute manière, où que j'aille, les gens même si ils ne connaissent pas mes chansons ils les chantent toujours avec moi. Ce qui s'est vérifié quelques instants plus tard lors de son récital.
Quand on est une énorme vedette comme Johnny, ou d'autres, et que l'on vend des milliers de disques, le public est là, connaît les chansons par c?ur, et donc on chante pour des gens qui nous aiment, et c'est donc beaucoup plus facile.
Alors qu'en cabaret, dans des tout petits lieux on passe devant des gens qui ne nous connaissent pas du tout, on pourrait croire que c'est plus facile, mais pas du tout. On a les gens les yeux dans les yeux et si on n'arrive pas à les convaincre, on voit aussi qu'ils s'emmerdent. Donc vive les grandes salles, car c'est plus facile (rires). On gagne plus vite, on travaille moins, c'est fastoche (rires).
Vous vous produisez souvent à Lyon au Thou Bout d'Chant (et même lors des fêtes des Lumières), est-ce une histoire d'amour avec la salle et le public.
Oui, surtout avec les patrons, mais ça ne se déroule pas toujours durant la fête des lumières, ça s'est produit deux fois à cette période. Tous les ans je viens à Lyon, en février, en décembre, etc ce n'est pas arrêté, ce n'est pas typiquement à ce moment là. Et, oui, c'est une histoire d'amour avec Fredo et son compagnon Marc. Voilà ce qu'il s'est passé: quand j'ai quitté la télévision, je suis resté plusieurs mois, voire plusieurs années sans travailler. Je n'avais vraiment pas de boulot du tout, personne ne voulait de moi, j’étais tricard, et c'était comme ça.
Un jour j'ai fait un concert pour un copain qui sortait de prison, on s'est mis à plusieurs pour faire ce concert et tout le fric récolté est allé au copain ce qui est normal. Et puis à l'issue de ma prestation Fredo est venu avec Marc, et ils m'ont demandé si j'accepterai de venir me produire chez eux. J'étais extrêmement content qu'on me demande de venir travailler. Il y avait trois ronds à gagner, mais j'avais tellement besoin de bosser et de montrer ce que je fais aux gens. J'y suis allé, ça été très dur c'est une petite salle de soixante-dix personnes, et le premier soir il n'y avait personne. Corbier le chansonnier, ça n'existe pas, ce n'était rien. Donc j'ai chanté devant dix personnes qui, en plus venaient pour déconner avec le gars de la télé. Certains avaient des fausses barbes parce que c'était rigolo... Le deuxième soir on a eu un peu plus de monde, le troisième un peu plus et le samedi on a terminé avec une salle correcte. Mais je m'étais dit que c'était foutu, et qu'ils ne me rappelleraient pas.
Puis ils m'ont rappelé une deuxième année, une troisième, une quatrième etc, et ça fait maintenant dix ans. Désormais la salle est pleine à chaque fois, le bouche à oreille à fonctionné, les gens savent aussi que je ne vais pas chanter " le nez de Dorothée " ou " sans ma barbe " tout ça. Donc les gens acceptent, ça fonctionne très bien, et je viens pour eux, pour Marc et Fredo, parce que ces gens là m'ont vraiment sorti la tête de l'eau quand j'étais très très mal.
Enfin présentez nous votre ami guitariste Eric Gombart qui vient d'arriver, et qui vous accompagne sur scène?
Un copain commun lui a parlé de moi un jour, et il est venu me voir en concert. Et à l'issue de ce concert il est venu me voir et Eric m'a dit " Monsieur Corbier, mais vous jouez de la guitare! Si vous voulez on peut jouer ensemble parce que je suis guitariste. ". Je suis tombé des nues car je savais que c'était un vrai guitariste, et moi je croyais que bon voilà (rires). Il m'a dit que je jouais bien, ça m'a touché et ça m'a fait plaisir (Eric présent aux côtés de Corbier acquiesce). Après je l'ai entendu jouer et je me suis dit que c'est vraiment énorme, car Eric est un musicien extrêmement doué, avec un toucher extrêmement fin, un toucher intelligent. On fait une centaine de concerts par an ensemble, il est très rare que je l'entende faire la même chose sur la même chanson. C'est un type extrêmement doué qui a plein d'idées, ça bouillonne tout le temps et c'est un vrai plaisir de jouer avec quelqu'un comme ça. On se sent porté, on se sent soutenus.
Eric : Tout d'abord je voudrais préciser que c'est un immense plaisir et un honneur de partager la scène avec lui. Je voudrai rajouter que Corbier est un excellent guitariste, il m'a lui aussi très surpris, son jeu est bien plus fin et technique qu'on ne pourrait le croire.
Un grand Merci à François Corbier et Eric Gombart pour leurs disponibilités, à Laurent et François, et également à Alesk. N'oubliez pas Corbier se produira au Sylak Rock Fest à St Maurice de Gourdans (à l'affiche de nombreux artistes dont Napalm Death, Hate Sphere, Loudblast, Eths, Tagada Jones, Skox, Sono 4000, Calmos...).
Pec pour Zikannuaire.com
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