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Renouant avec la tradition de la chanson/rock alternative, les Rois de la Suède réconcilient sur ce nouvel opus le No Futur des années 80 et la génération Geek. Drôles, méchants, politiques. Des chansons qui cognent fort et laissent mort de rire. Des chansons qui regardent le monde droit dans les yeux tout en lui tirant la langue. Plus encore que le premier album des Rois de la Suède, voici que Néon futur frappe dru. Il ne s’agit pas seulement de bâcher l’obsession sécuritaire et les lois du fric. Les Rois de la Suède règlent leur compte à la " créativité " des DJ, à l’américanisme grégaire des branchés, aux photos de Yann Arthus-Bertrand, au téléchargement illégal…
Eh oui ! Cet hiver, on a beaucoup retweeté les punchlines du premier extrait de l’album, Ta liberté de voler – " Ça te fera plaisir j’imagine, si je fais le peer-to-peer sur ta copine ", " Mais bien sûr nous on ne peut pas dire tout ça / Les artistes, on est de gauche, on n’a pas le droit "… La chanson avait été écrite un an plus tôt, sans même forcer sur le sentiment d’agacement et de colère. " Je fais de la musique depuis assez longtemps pour me rendre compte des conséquences du piratage sur le paysage musical français, note Ivan Callot. Je n’en pouvais plus de l’hypocrisie qui consiste à dire que l’on rend service aux artistes avec le téléchargement illégal. " La sortie de Ta liberté de voler, peu après l’affaire Megaupload, a fait le buzz mais personne n’a osé brûler les Rois de la Suède – le rire dénude, le rire désarme, le rire seul peut à ce point transgresser le confort moral des bien-pensants.
" Nous ne cherchons pas seulement à taper sur le politiquement correct. Nous tapons sur tout. " Le secret ? " Constater les choses avec un regard cruel de gosse. " Monsieur Poulpe précise : " Un regard un peu extraterrestre – ou suédois. " Ce regard est double. Au commencement des Rois de la Suède, il y a donc Ivan Callot, fondateur des Fatals Picards et observateur concerné du monde, et Monsieur Poulpe, créateur infatigable pour la télévision et le web. Le premier a déjà ravagé pas mal d’idoles avec Les Fatals Picards. Le second invente toujours de nouvelles manières d’exprimer une solide veine iconoclaste, avec sa série NerdZ, ses émissions ou sa prochaine adaptation en bande dessinée de Karaté Boy. " Je suis surtout là pour salir ", dit l’un. " Et moi pour passer la serpillière ", dit l’autre.
Et ils assument avec jubilation leur complémentarité, et donc la double inspiration des Rois de la Suède, groupe fièrement bancal et riche de sa bancalitude – l’engagement et le délire, l’acuité du propos et la folie de la forme, l’invitation à réfléchir et le rire régressif… Néon futur est ainsi constitué de deux volets : neuf chansons " normales " qui envoient le boulet avec la même force que les rockers alternatifs des années 80, et un vaste délire spatio-temporel semé de ricanements potaches.
" Nous avions envie d’un space opera rock, une sorte de Voyage au centre de la lune à la Queen, mais avec Jean Moulin. Nous en avons fait trente minutes indéfendables ! " Affaire de générosité, de liberté, de gourmandise. Déjà, ils avaient songé à écrire une comédie musicale sur François Mitterrand, qui est devenue la chanson Socialisme, hit underground et citoyen de leur premier album, en 2010. " Nous aimons les disques remplis jusqu’à la gueule de trucs cachés débiles ", dit Monsieur Poulpe. Leur brigadier de l’espace ressemble à un gendarme geek égaré dans l’hyper-espace d’une console déréglée. Et, entre deux rires, on voit partir les baffes – la variété pourrie, l’Éducation nationale ravagée, le langage psychosocio…
Les codes politiques et textuels ne sont pas les seuls que les Rois de la Suède ne respectent pas. Avec leur nouvelle formation rock, à cinq sur scène, ils vont chercher loin : " Nous voulions danser en concert comme le fait si bien le Magic System. Alors on a fait Suède Invaders et c’est très décevant. " Technique Rois de la Suède : sous le faux raté, une terrible puissance de feu dans l’ironie et la liberté. Alors ils reviennent partout à la fois : l’album Néon futur, des clips addictifs, la tournée. On ne peut pas les rater. Ils ne nous ratent pas non plus.
Deux des quatre membres des Rois de la Suède m'ont accordé quelques minutes dans leurs royales loges à quelques heures du concert proposé dans le cadre du festival Musicalarue de Luxey. Entre humour au 1er et au 2nd degré, on peut s'y perdre, mais on passe un excellent moment en leur compagnie.
Pouvez-vous nous faire une présentation : qui sont les Rois de la Suède ?
Ivan : Nous sommes 4, comme les 4 doigts des mains des enfants qui jouent avec des tronçonneuses et qui malheureusement... enfin bon. Il y a Pascal à la basse, Marco à la batterie, Manu qui est guitariste et chanteur, et moi-même, Ivan, qui suis chanteur et fais quelques fois de la guitare, mais peut-on pour autant m'appeler guitariste...?
Manu : Non on ne peut pas...
Le groupe a été fondé en 2009, mais il y a eu un récent changement...
Ivan : En effet, un des membres fondateurs est parti en juillet 2012, un céphalopode (Mr Poulpe).
Manu : On s'est rendu compte qu'il y avait des endroits où l'on ne pouvait pas emmener des animaux de compagnie, et vu que c'était un poulpe, on avait des festivals qui nous refusaient l'entrée pour des raisons sanitaires et de sécurité aussi car il n'y avait pas forcément d'aquarium sur place. C'était compliqué car forcément on demandait un 15 tonnes pour l'aquarium...
Bon ok, ça c'est la version officielle, mais la version officieuse... ?
Ivan (rires) : Alors la version officieuse c'est qu'il est parti pour faire de la télévision. En fait il ne va pas faire ce qu'il avait prévu de faire (un truc grandiose à la rentrée sur une chaîne de grande audience cryptée que je ne citerai pas). Mais il a d'autres projets audiovisuels avec des gens prestigieux, avec qui il travaille... Il nous a quitté pour d'autres projets. Mais ce n'est pas non plus l'élément le plus musical du groupe donc ce n'est pas déterminant sur scène. On a progressé depuis qu'il est parti en fait (rires).
Vous avez déjà fait quelques dates sans lui ?
Manu : Oui et c'était super !
Ivan (rires) : On est sans pitié mais c'est la vie, c'est comme ça ! Bon après, on est des vieux briscards de la chanson française. Briscards dans le sens où on a eu pas mal d'accidents d'autobus.... bon ce n'est pas ma meilleure blague...
Manu : Non je n'ai pas compris... ah si, d'accord...
Ivan : Briscards... brise cars... J'ai pris une drogue bizarre qui me fait dire des conneries aujourd'hui, je ne sais pas ce que c'est... Coca-cola ils ont dit...
Je me pose des questions sur le nom... pourquoi les Rois de la Suède (et pas d'ailleurs) ?
Ivan : Déjà, pourquoi pas ? Mais il y a tellement de raisons d'avoir un patronyme suédois. C'est vraiment un des plus beaux pays du monde. Ils sont 3eme il me semble au rang des pays les plus beaux du monde... Ils ont perdu une place...
Manu : Oui, l'Afghanistan est passé devant...
Ivan (rires) : Oui c'est ça. Depuis qu'il y a moins de talibans ils ont remonté... Merci Manu, au début je me demandais si tu allais me porter secours et je voyais tes yeux, je me disais "non il va me laisser crever" mais en fait non... Bravo, merci. Donc non, il n'y a pas vraiment de raisons... Enfin si, il y en a une mais elle est un peu nulle : on avait fait une comédie musicale qui s'appelait "Top Gune contre le Roi de la Suède" (parodie de Top Gun où le super méchant était le Roi de la Suède). Du coup on s'est dit que comme on est très méchants, on va s'appeler comme ça aussi !
Vous avez sorti un album en avril 2012 Néon Futur, comment est-il né (par rapport à l'inspiration, l'écriture...) ?
Ivan : C'est notre deuxième album, le premier étant un double-album un peu fourre-tout que l'on a sobrement appelé Best Of volume 1. Le deuxième a pris une tournure un peu plus rock. Il a suivi une année de concert, donc avec des conditions plus "live", plus electro-zouk-balkan-rock.
Y a t-il une chanson qui ressort pour vous sur cet album ? Je pense notamment à Ta liberté de voler qui a fait grand bruit suite au scandale Megaupload... Au final, vous en êtes fiers ?
Ivan : Carrément ! C'est rigolo ! Notre but, c'est de susciter la haine : plus on a de détracteurs, plus on est heureux !
Manu : Là on a eu des réactions sur la page youtube vraiment très violentes, où les gens ont réagi comme si on avait parlé de pédophilie...
Ivan : Franchement, on aurait parlé de pédophilie, je suis sûr que l'on aurait eu moins de problèmes ! Dire que c'était une atteinte aux producteurs et aux artistes... La chanson n'est peut-être pas suffisamment explicite mais on s'est expliqué après. On n'est pas contre les gens qui téléchargent, on s'en moque un peu au final, mais on cible les ayatollahs du téléchargement, ceux qui prônent le fait que quand on télécharge, on rend service aux artistes. Quand on va voler une orange chez Leclerc, ça va rendre service à Leclerc...? Non ! Ok ça génère des vigiles... mais non on ne peut pas justifier cela comme ça. En gros ce discours un peu idéaliste et de faux truc libertaire où tout doit être gratuit, je veux bien, mais dans ce cas moi aussi je peux m'en servir pour tout et pas que sur la culture. Il faudrait que ce soit plus accessible certes, mais il faut se rendre compte que cela coûte des sous, qu'il y a des gens qui investissent de l'argent... Tous les producteurs ne sont pas que des salauds qui s'en foutent plein les poches, il y a aussi des amoureux de la musique, et qui dépensent beaucoup d'argent pour en gagner un peu... Donc certes il y a des abus, mais il ne faut pas tout mettre dans le même panier et noyer le chat avec...
Vous dites aimer susciter la haine, mais y a t-il un sujet que vous n'aborderez jamais dans vos textes, comme la pédophilie vu qu'on en parlait...?
Ivan : On en parle un peu dans nos chansons mais c'est distillé comme des touches pastel, des touches fleuries au gré des chansons. Je ne pense pas qu'il y ait un thème que l'on s'interdise... Comme Desproges disait "on peut rire de tout, avec n'importe qui et n'importe quand" c'est bien ça ?
Manu : Oh je pense qu'on évitera de parler de tes petits problèmes gastriques, enfin je ne sais pas si c'est le moment d'en parler ici...
Sinon, ce n'est pas que pour se faire détester, c'est surtout pour faire réfléchir...
Ivan : Sur le téléchargement, ça nous a énervé cet angélisme latent qui dit "le téléchargement illégal c'est génial". Kim Schmitz (ndlr : fondateur de Megaupload) est un héros. Non, c'est un escroc qui vole d'autres gens et toi tu lui donnes de l'argent en pensant faire le bien. Où va le monde ? Il y a des gens à détester avant les majors, le marché de la musique est un grain de riz par rapport au marché de la finance... Les gens se cristallisent sur un petit problème et cela leur fait oublier le reste du marasme dans lequel ils pataugent. On met juste un coup de pied dans la fourmillière avec nos maigres moyens. Le clip n'a pas été vu 10.000.000 fois non plus... à notre grand regret (rires).
Au niveau actualités / projets vous en êtes où ?
Ivan : On écrit un nouvel album avec de bonnes sources d'embrouilles je pense... On commence une sorte de quadriptyque... Sur l'Europe. L'Europe va mal, c'est le moment de l'enfoncer...
Manu : Et de sortir de gros clichés.
Ivan : On envisage de ne jamais s'arrêter de tourner. Ca va être difficile car c'est de plus en plus difficile de tourner contrairement à ce que peuvent dire les détracteurs... Bon je vais arrêter avec le téléchargement illégal, ça devient une sorte de monomanie (rires). On va faire en sorte que la fin de cette tournée-là coïncide avec le début de la suivante. Sans donner de date précise, on voudrait que ça sorte rapidement. En tout cas, avant la fin de l'année, quelques titres sous forme d'un EP ou d'un clip sortiront.
Je vous laisse le mot de la fin...
Ivan : Diatribe !
Manu : spatule. Comme d'habitude.
Ivan : J'essaye de changer au moins !
Manu : Oui mais j'aime tellement ce mot... spatule...
Akané pour Zikannuaire.com
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