Paru aux premiers jours de l'été, le nouvel EP de Païaka fait définitivement partie des disques qu'on écoute en boucle sans jamais se lasser. Après deux ans de travail, de composition, et de concerts un peu partout en Auvergne et au-delà, les reggaemen de Païaka nous offrent enfin un support à emporter partout, un concentré de bonne humeur et de positif en musique. Bref, un excellent reggae aux teintes cuivrées qui n'a pas fini de nous faire voyager.
L'album s'ouvre sur le titre Puff, qui, derrière des sonorités dansantes et ensoleillées, délivre un message destiné à éveiller les consciences sur la nécessité de prendre soin de notre environnement au sens large du terme. L'introduction du morceau est purement géniale : comme sur l'album tout entier, les cuivres sont au premier plan et apportent au morceau une dynamique originale, qui loin de dénaturer l'esprit reggae de Païaka vient au contraire le renforcer et l'enrichir. Puff est à mon sens un tube, et fait partie de ces chansons qu'il est impossible de se sortir de l'esprit, dès la première écoute. A noter qu'un clip, extrêmement bien ficelé, a été réalisé par Riot House Productions, faisant de ce titre une véritable vitrine pour le travail du groupe.
On enchaîne directement sur Red, qui emprunte quelques subtiles sonorités dub, et met davantage l'accent sur les percussions. Plus mélancolique aussi, cette chanson parle également d'évolution et du regard que nous sommes amenés à porter sur une civilisation à bout de souffle malgré une innovation technologique constante. Païaka veut mettre en évidence l'humain, et ses ressources infinies, trop longtemps minimisées au profit d'un gain illusoire.
Avec le titre Chess, on entre de plain pied dans le domaine du sensible et du ressenti. Il est question d'écoute, d'attention, de regard, et c'est bien ce qui semble faire défaut à cette fameuse civilisation en perdition que nous sommes. Païaka condamne en quelque sorte ceux qui avancent en regardant leurs pieds, ceux qui ne lèvent pas les yeux par peur du monde qui les entoure, et par conséquent, ceux qui se contentent d'adopter des idées préconçues, au lieu de regarder les choses à travers leur propre prisme. Une nouvelle fois, les accents dub sont bien présents, la section cuivre apporte une certaine légèreté, au coeur d'un discours destiné malgré tout à susciter le questionnement.
That way débute tout en douceur avec de légères percussions et la voix de Martin, qui sait être tour à tour caressante ou percutante. Il est ici question de différence et d'égalité : une nouvelle fois Païaka met en évidence l'absurdité de la distinction entre origines, religions ou opinions, et nous fait nous interroger sur notre capacité à être heureux, et sur notre incapacité à percevoir ce bonheur, déjà présent autour de nous.
Avant-dernier titre de l'album, déjà, The Great Bear est sans doute le morceau le plus roots du disque. A nouveau ce sont les cuivres qui introduisent brillamment la chanson, savamment réhaussés par la basse. Cette chanson a quelque chose de sensuel, quasiment animal, dans la manière d'enchaîner les mots, mais également dans l'atmosphère qui s'en dégage, notamment grâce à la mise en place de choeurs aux intonations subtilement mystiques à la fin du morceau.
L'album se clôt sur Foreign, à mon sens un véritable hymne de tolérance et de fraternité, qui met en évidence une nouvelle fois le non sens de la notion même de frontière au sens politique du terme. Foreign raconte l'histoire d'un homme qui a quitté ses racines, voyagé au péril de sa vie, pour rejoindre un pays qu'il imaginait accueillant, au sein duquel il pourrait construire sa vie comme il l'entendait. Un pays qui l'a rejeté et renvoyé chez lui après de nombreuses années au fil desquelles cet homme avait fini par se sentir chez lui, si loin de ses origines. Frontières et sans-papiers, un débat stérile diraient certains, une priorité selon Païaka, qui n'admet pas que l'on puisse traiter de cette manière l'un de nos semblables.
Réaliste, mais positive, la musique de Païaka est à double tranchant : d'une part, elle est vecteur de voyage, d'évasion, d'inspiration. D'autre part, elle a le mérite de provoquer la réflexion, l'interrogation, jusqu'à une certaine remise en cause des croyances et persuasions que nous avons pu adopter jusqu'ici. Tolérance, générosité, partage, sont les maîtres mots de ce combo au grand coeur et au talent indubitable, des mots qui sont trop souvent perçus comme vidés de leur sens originel, et qui revêtent pourtant toute leur signification à travers le travail et l'identité de Païaka : Savoir reconnaître les minutes les plus précieuses, et accepter les plus douloureuses, savoir se révolter aussi lorsque l'intolérable se produit sous nos yeux, en deux mots, être conscient, tout simplement.
RED
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1. Puff 2. Red 3. Chess 4. That way 5. The great bear 6. Foreign
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