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1998, sortie du premier album de SIN. "Noisy Pipes Lovely Noises" est à la fois salué par la critique et reçu chaleureusement par le public. S’en suit une longue période de gestation créative pour le groupe, qui livre enfin son second opus "Errare Digital Est " en 2002.
Continuant sur sa lancée, SIN sort, courant 2003 un album qui compile inédits et remixes - feat. Oomph ! ou encore Paul DeCarli (NIN). Dans la Play List figurent des titres qu’on peut entendre dans la bande - originale de films tels que Transporter 2, The Crow 3 : Salvation, comme habillage sonore de campagnes publicitaires (XS de Paco Rabanne), ou encore de jeux vidéo (V-Rally 2, Need for Speed underground 2).
Après une période d’accalmie, 2007 marque un tournant pour le groupe, avec l’arrivée à la guitare de Kyrill Nikitine en remplacement de Damien Barquero. Après une série de concerts en 2008/2009, le groupe part tourner un film, ("K3 ") au Kazakhstan. La première projection a lieu au printemps 2010 (DVD dans les bacs le 18 mai 2011 prochain). Malgré le décès du chanteur Franck Renou, Vince et Kyrill continuent l'aventure en attendant de présenter de nouveaux membres à leur public…
SIN n’a cesse de se réinventer au fil de ses albums, alliant savamment une électro complexe à un rock enragé et poétique.
Bonjour les gars, commençons par un bref descriptif du groupe et de votre progression musicale à nos lecteurs ?
Kyrill : La décomposition : c’est notre métier !
Vince : Bonjour. Le groupe a été créé en 1993 à Melun avec un chanteur et moi-même. Après un album-maquette confidentiel ("Love Days"), la formation s'étoffe en 1996 avec l'arrivée de Franck Renou au chant, de Damien Barquero à la guitare et d'Alain St-Germain à la batterie. S'en suit un EP nommé "Noisy Pipes Lovely Noises EP" produit sur un 8 pistes K7 qui fut très vite remarqué par nos futurs producteurs parisiens. Après avoir signé le premier album chez Virgin/Universal en 1998, le second album "Errare Digital Est" voit le jour en 2002. En 2003, un album de remixes sort ("Reconstructed Singles"). Après plusieurs concerts, Damien quitte le groupe en 2004, et Franck et moi décidons de poursuivre l'aventure… Nous rencontrons en 2005 Kyrill Nikitine qui devient notre nouveau guitariste. Plein de projets dans la tête, nous partons au Kazakhstan en 2008 pour une série de concerts et avec l'intention de filmer tout ça. Le groupe jouera alors en Pologne, en Allemagne et en France jusqu'au décès tragique de Franck en mai 2010… Pour le moment, et après la sortie toute récente du film tiré de notre périple au Kazakhstan ("K3"), nous préparons la suite des hostilités !
Vous venez de sortir un DVD "K3". Pouvez-vous nous le décrire de l'intérieur, le concept et les thèmes ?
Kyrill : Pas facile (sourire)… une épopée industrielle? En tout cas, il y a de "l'Aguirre" dedans, et peut être même du "Live à Pompei". C'est un peu tôt encore pour mettre un concept sur le "K3".
Vince : Le concept de départ était de jouer live en pleine nature et de filmer le tout. Un peu à la "Live At Pompei" des Floyd…
Mélanger votre électro rock complexe à votre périple au Kazakhstan et ses paysages grandioses n'a pas du être facile. Comment s'est passé le tournage!?
Kyrill : Le tournage était incroyablement surprenant, autant positif que négatif. A vrai dire, on peut le qualifier de chaotique. On se posait certaines questions au début: cinéma, musique… comment faire? Mais on a vite compris que ce n'était pas la bonne manière de procéder, tout ce qui nous arrivait, on devait apprendre à le gérer et à en tirer quelque chose ; l'image et la musique suivraient. Apprendre à inventer dans n’importe quelles circonstances !
Vince : Nous sommes partis avec 90 kilos de matériel dont 3 caméras. Le tournage et les déplacements sur place furent une gageure à laquelle nous nous attendions.
Tout était prévu, ou beaucoup de scènes se sont faites à l'improviste ?
Kyrill : Hé hé, bonne question ! Tout était prévu, mais on ne pensait pas pouvoir tout faire, jouer en pleine nature, filmer l'éclipse…On ne connaissait pas du tout le terrain surtout, on a donc improvisé à chaque fois selon les conditions géographiques. On était face à une logistique impossible la plupart du temps (il y avait toujours un pépin quelque part), nous avions peu de temps pour réfléchir aux morceaux qu'on allait jouer dans les montagnes.
Vince : Non, presque rien n'était prévu à part le live à Ridder pendant un festival culturel (ce sont les images qu’on voit en toute fin du DVD). Nous savions aussi que l'on irait au pied du mont Beloukha pendant une éclipse totale de soleil. Le reste a été décidé sur place ou au montage. Comment avez vous organisé la logistique pendant le tournage, j'imagine que trouver la fée électricité en pleine nature devait être un vrai parcours du combattant?
Kyrill : C'était la partie la plus comique ! On a emmené une batterie de voiture avec tout le reste du matériel à dos de cheval. Elle s'est vidée en un rien de temps (à cause de la trop grande différence de température entre la nuit et le jour). Puis des gardes militaires nous ont prêté des panneaux solaires portables. Ça nous a sauvés pour quelques heures, mais on a terminé avec la batterie du laptop. Quelques minutes de batterie étaient comme de l'eau en plein désert pour nous !
Vince : Effectivement, le plus gros problème venait de l'électricité, assez rare à 3000 mètres et à 500 km de toute civilisation… La solution fut d'emporter avec nous une batterie de moto et un convertisseur afin d'alimenter l'ordinateur et le synthétiseur. Pour ce qui est du transport du matériel, une caravane de chevaux fut mise à contribution pour aller en montagne. Cela ressemblait un peu au "Seigneur des Anneaux " !
Je suppose que vous en avez d'excellents souvenirs visuels et humains?
Kyrill : Oh que oui ! C’est difficile de tous les citer ! Entre Franck qui se cachait car il ne voulait plus être invité à boire 24h/24h, et les 90 kilos de matériel perdus entre Berlin et Astana (la capitale)…on avait de belles surprises ! Sinon les gens étaient extrêmement généreux, et sans limites ! Ils nous ont accueilli les bras ouverts et nous ont suivi sur tout le projet, on leur doit beaucoup de choses. Les relations étaient très simples et ils ont compris très vite notre intention. C’était une immersion totale. Ils nous ont aidé à traverser toutes les difficultés de cette aventure.
Vince : Oui, les personnes rencontrées sur place avaient le cœur sur la main ! Et le mariage n'était pas très loin… (rire)
Une seule prise en live au Mega Club d'Öskemen. Racontez-nous quelques anecdotes sur ce live !?
Kyrill : Totalement dingue ! Une soirée organisée au dernier moment par les gens qui nous accueillaient sur place. Nous devions préparer le matériel la veille pour partir dans les montagnes, et le tout dans un état de fatigue avancé. La soirée s'est terminée au petit matin, on a eu 45 minutes pour reconfigurer tout ce dont on avait besoin, et hop, 2 jours de voyage jusqu'au Beloukha ! Mais jouer de l'indus dans une boite de nuit, ca c'est "Klassna" (classe en russe) ! Ça ferait du bien à nos petits parisiens!
Vince : C'est un groupe de "Death métal" rencontré à Oskemen qui nous a cédé sa date au Club Mega ! C'était un peu surréaliste de jouer dans un club house ! De plus c'était soirée "jaune"…
Comment avez-vous vécu la disparition de Franck ? Une remise en cause du groupe ?
Kyrill : Pas du tout. C’est la perte d’un ami qui est douloureuse et encore difficile à exprimer. Pour le groupe, Franck nous a tellement donné musicalement, il avait une telle intégrité que c’est un honneur que de continuer pour sa mémoire. C’était un roi, un musicien "à l’ancienne ", sans aucune fioriture, il n’aimait pas la supercherie. Il sera toujours présent dans le groupe, et je crois que cela s’applique à de nombreux groupes.
Vince : Je connaissais Franck et travaillais avec lui depuis 1996, donc sa disparition a été très difficile pour moi… C'était l'un de mes meilleurs amis. Mais dès le début avec Kyrill, la question d'arrêter le groupe ne nous a pas traversé l'esprit, au contraire… Pour lui, nous nous devons de continuer…
Vous travaillez sur des bandes originales de films comme Transporter 2, The Crow 3 : Salvation ou de jeux d (V-Rally 2, Need for Speed underground 2). La musique de film ou de jeux se compose exactement de la même manière qu'un album ?
Vince : Euh… Je n'ai jamais composé spécifiquement pour l'image ou le jeux ! C'est bien des titres déjà existants de Sin qui ont été choisis.
Au niveau matériel, êtes-vous fidèle à vos instruments, ou aimez vous le changement perpétuel, la découverte ?
Kyrill : Niveau matériel, c'était le changement presque à chaque live (utilisation de différentes pédales ou branchement direct dans le Pro Tools, et en avant les plugins!). Les salles sont vraiment très différentes les unes des autres, et se prendre la tête pour faire sonner la guitare sur des bandes électroniques complexes était parfois démotivant ; le système local n'en valait pas la peine. A la fin, nous nous branchions tous dans le Pro Tools et faisions le mix directement sur scène. C'était bien plus efficace (un équilibre entre des têtes et des bandes demande du temps). Je viens cependant de récupérer un Gibson SG de 73 qui doit être honoré et j'aimerais, à l'avenir, essayer de combiner certains sons (entre les saturations numériques très agressives et les bonnes vieilles Electro Harmonix).
Vince : J'aime bien changer de matos souvent, cela me permet une certaine émulation. Sinon je reste fidèle à mon M1 depuis la première heure !
De quel groupe vous sentez-vous artistiquement les plus proches ?
Kyrill : C'est difficile de savoir si on est proche d'un groupe ou pas, il y a tellement de manières de faire et de penser qu'on peut se retrouver à être comparé à un groupe avec lequel on ne sent pourtant aucune connexion, ce qui est généralement le cas. (sourire)
En tout cas il y a vraiment des groupes qui nous inspirent le respect de par leur ligne de conduite; je pense notamment aux Melvins ou bien encore aux Mars Volta : ils font vraiment un boulot extraordinaire, ils ont une position très agressive et très juste dans leurs compositions et leurs paroles, et sur scène, ça ne rigole pas une seule seconde! Dans un autre style (plus électronique) on aime beaucoup Biosphère, sa manière de travailler apporte un grand renouveau au genre. Nous avons assisté dernièrement à l'anniversaire de Neubauten à la Villette, c'était magique, on avait l'impression de voir nos parents sur scène. Ça fait vraiment plaisir de les voir vieillir comme un bon Bourgogne! Ça donne envie de continuer, eux qui ont commencé sous le même label que Depeche Mode. La liste est longue finalement !
Vince : C'est difficile… Je dirais Depeche Mode (entre 82 et 93 bien sûr !), The Orb, Biosphere… Il y a tant de choses que j'apprécie…
Quelles sont vos ambitions actuelles ?
Kyrill : Faire un bon album et remonter sur scène, chose qu'on avait entamée en 2008/2009 avant l'accident de Franck.
Vince : Composer le prochain album de sin ! Surement au Sénégal, d'ailleurs ! (sourire)
Comment se porte selon vous le rock indus français?
Kyrill : Aucune idée ! Au début des années 2000, beaucoup de choses fleurissaient, de nouveaux sons et de nouvelles méthodes, mais j’ai l’impression que tout ça a été étouffé par de l’électronique qui n’en est pas vraiment et par du rock qui ne l’est pas non plus, une grosse confusion s’est installée dans la manière d’enregistrer et de travailler les instruments mais de manière négative. Le temps d’Albini, de Flood et de Wallace est loin, on se fout du son que peut faire un instrument maintenant, or l’intérêt de l’indus est justement d’abattre les frontières entre styles et méthodes, et d’entrechoquer tout ça. Un peu d’eau ou de sang (ou de bière !) doit encore couler pour digérer le tout, le marché a été inondé de logiciels (y compris le Pro Tools), il reste encore un peu de chemin pour assimiler toutes ces choses.
Vince : Joker !
Quel est le dernier disque que vous avez écouté ? Qu'en avez-vous pensé ?
Kyrill : Un seul, c’est difficile ! Les deux bons albums électro que je conseille à tout le monde sont "WEB " de Bill Laswell/Tetsue Inoue et "Xerrox vol.2 " d’Alva Noto. Une atmosphère incroyable règne dans ces albums, de la pure exploration ! Sinon, je suis retombé sur "UMMAGUMMA " des Pink Floyd, un moment grandiose de la musique classique !
Quels sont vos projets pour l'année 2011, peut-être un album hommage à Franck ?
Kyrill : Tous les albums seront un hommage à Franck !
Vince : Je ne pense pas faire d'album hommage mais plutôt un concert avec tous les musiciens avec lesquels il avait joué.
Je vous laisse le mot de fin avec ce que bon vous semble !
Kyrill : Carlos et Demis Roussos sont sur un bateau…Le bateau coule…
Vince : Monde de merde !
Gérard pour Zikannuaire.com
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