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STRYCHNINE est le nom d’un poison, emprunté à un titre des Sonics.. Formé en 1976, Strychnine est le premier groupe rock bordelais digne de ce nom. le quintette s’impose rapidement comme le gang le plus redoutable de la ville. Sauvage et authentique, il incarne la quintessence du rock français underground des années punk.
Mois d’août 1977. le festival Punk de Mont-de-Marsan ouvre la brèche pour tous ces groupes bordelais issus de la nouvelle vague rock, dont les initiales, à l’instar de celles de Strychnine, commencent presque toutes par ST, écot local aux Stooges. les cinq Strychnine montent sur scène juste avant The Clash et enflamment les arènes. Leur brève rencontre avec Joe Strummer est décisive. La moyenne d'âge du groupe est alors de dix-huit ans !
Sur leur reprise percutante de l,hymne stoogien, I Wanna Be Your Dog est enregistrée en 1978 dans les faubourgs bordelais. En novembre Kick, Luc-Boubou-Maldoror, JP, Ghighi et Richard Spleen, qui vient à peine de succéder à Francis Tisné , débarquent en Normandie, au mythique château d,Hérouville, et enregistrent leur premier album Jeux Cruels. Durant trois ans, Strychnine sillonne la France sans relâche, dans son corbillard emménagé en carrosse rock. Un contingent de fidèles suit les moindres allées et venues du combo. Leur concert du mois de novembre 1980 aux Entrepôts Lainé de Bordeaux demeure l’un de leurs points d’orgue.
Je veux, leur deuxième album est enregistré au mois de janvier 1981 au studio Aquarius de Genève. Avec des sommets comme Animal, Différent, Ragnagna, Obsession, Fantasme ou Nouvelle esthétique. La version électrique d’Alcool, enregistrée dans une rade brestoise, demeure l’un des derniers exploits du groupe. Au mois de janvier 1982, dans sa salle fétiche du Grand Parc, Strychnine se sépare dans un chaos radical, après seulement trois morceaux... Grâce à ces fulgurances et ces concerts intenses, le groupe entre instantanément dans la légende du rock français, laissant derrière lui un héritage flamboyant. Kick poursuivra sa route avec deux albums en solo. il quittera le monde du rock quelques années plus tard. après Strychnine, Maldoror intègre les Standards. Plus tard, Ghighi et Tisné se rejoignent au sein des Beach Lovers.
Vingt-cinq après ces faits d’armes exemplaires, Amours dehors offre un instantané saisissant sur les années 1976 à 1981, lorsque Strychnine était le plus grand groupe français de sa génération. En Janvier, le groupe n’est plus qu’un trio (KICK, Jean Pierre SIRE et Luc MALDOROR) STRYCHNINE explose, en direct sur scène, lors d’un concert au Grand Parc de Bordeaux.
En début d’année 2009, sortie d’un LP vinyle « LIVE Brest 1981 » chez RADIO ACTIVITY Rds. STRYCHNINE renait de ses cendres sur scène : (David DAUGEY (basse), KICK (chant, guitare), Luc MALDOROR (batterie) et Luc ROBENE (guitare) sont à nouveau sur les routes de France pour de nouveaux concerts.
En tout début d’année 2010, Sortie de leur nouvel album, chez JULIE Records, 12 titres studio inédits enregistrés en Octobre 2009, suivi d’une tournée promo européenne.
Leur myspace.
Interview réalisée avec KICK.
Peut-on revenir sur les débuts du groupe Strychnine. Où tout a commencé ?
Strychnine est né à Bordeaux en 1976. Au départ un groupe de pseudo-lycéens devenu de suite des dilettantes occupés exclusivement par le rock et tous ses à côtés.
Pourquoi le groupe a splitté ne 1982 ? Certains commentaires avancent que vous aviez pris la grosse tête ?
Le groupe a splitté essentiellement, à mon avis, à cause d’une usure provoquée par un sentiment d’incompréhension lié à des excès en tous genres. Trop de ci, trop de ça, trop de tout….Arrivés peut-être un peu trop tôt aussi…
Kick, quand on regarde votre bio, après l’arrêt de Strychnine, vous avez joué jusqu’en 1991, même en solo, avant de former un duo avec Loran des Bérus, sous le nom Ze6 et après, plus rien. Pourquoi ? Dégoût, lassitude, marre de la galère...Plus rien à dire à personne…
Comment expliquez-vous alors cette reformation en 2004 ? Qu’Est-ce qui vous a donc motivé à reprendre le chemin des répétitions et de la scène ?
La reformation s’est faîte sans décision préalable délibérée. Quand on s’est retrouvé avec Boubou ( on s’était perdu de vue pendant 15 ans), nous sommes tombés ensemble contrariés par la spéculation qui court sur nos disques de l’époque. On trouve « jeux cruel » à 100 euros ! En même temps Bordeaux-Rock nous sollicitait pour une réédition. Nous avons donc récupéré les bandes d’origine et remasterisé pour sortir la compil « amour dehors ». Le but était que des gens plus jeunes qui n’avaient pas ces moyens puissent écouter ce qu’il en était pour seulement 10 euros. Ensuite nous tenions à diffuser le ‘live à Brest 81 », enregistrement d’un des derniers concerts du groupe qui restitue bien l’esprit de Strychnine sur scène. Après ça, nous sommes remontés ensemble sur scène « exceptionnellement » pour fêter ça ! Et voilà la suite !
Aviez-vous dès 2004, l’envie de refaire un album ?
Non ! Absolument pas ! En fait ces derniers mois, j’ai commencé sans le vouloir à avoir plein d’idées de textes et de musique...J’ai compris que la période « plus rien à dire à personne » était en train de s’achever. Ensuite quand y’a un bon groupe qui ne demande que ça…y’a pas eu besoin de réunions ou de longs discours !
Pourquoi n’êtes-vous que deux de la formation initiale ? Que sont devenus les autres ?
Dans les faits, à partir de 1981, nous n’étions déjà plus que 4 et au dernier concert au Grand Parc à Bordeaux en janvier 82, plus que 3 rescapés. Les autres ne jouent plus ou plus ce genre de musique.
Êtes-vous toujours en relation avec eux ? Et quelles étaient vos relations avec eux durant toutes ces années ?
Boubou les croisait de temps en temps. Il est toujours en relation avec Richard Spleen. Pour ma part, j’étais bien loin de Bordeaux et n’avais aucune nouvelle de personne depuis la fin du groupe. Sauf de Boubou, qui a rejoué avec moi en 85-86 et qui est venu me voir jouer plusieurs fois par la suite, notamment avec Ze6, et que j’allais souvent voir jouer avec les Standards.
Ne regrettez-vous pas de ne pas vous êtes relancé avec la même équipe ?
Non, l’essentiel est de retrouver l’énergie originelle. Il faut des gens capables de la restituer aujourd’hui.
Comment s'est passée l'arrivée des deux nouveaux musiciens, Luc Robene et David Daugey ?
Luc avait joué dans « Kick n’ze 6 », période 85-88, et aussi avec Boubou. On se connaît bien... Il a vu souvent Strychnine sur scène à l’époque et connaissait tous les morceaux. David nous a été présenté par Denis Barthe. C’était exactement le bassiste dont nous avions besoin et ça a collé immédiatement avec lui.
Strychnine revient donc en 2010 avec un nouvel album. Né en pleine période punk et donc de contestation, y'a plus de 30 ans, est ce que aujourd'hui le groupe revient avec cette même contestation ?
Je n’ai pas assez de recul, pour répondre à cette question.
Qui dit groupe légendaire, signifie aussi que vous devrez être à la hauteur de cette légende. En êtes-vous conscient et appréhendez-vous ce retour ?
Si nous avions eu le sentiment, ne serait-ce qu’un instant, que le groupe d’aujourd’hui n’était pas à la hauteur de celui d’hier, nous nous serions abstenus. Aucune appréhension. On s’en fout…L’appréhension, ce n’est pas un truc pour Strychnine !
Le public de Strychnine aujourd’hui, c’est qui ?
Aux derniers concerts, l’audience était totalement mélangée, des jeunes, des vieux, des gros, des maigres, des punks et des plus dégarnis…L’entrée est libre ! Et ça nous plaît bien comme ça. C’était comme ça en 77...Il n’y avait pas de chapelles à l’époque !
L'industrie du disque et ses difficultés, ça vous touche ?
Non ! Je suis content que « l’industrie musicale » périclite, et tous ses intermédiaires avec elle. Je n’aime pas ce qu’elle propose aux gens.
Suivez-vous l'actualité rock avec autant d'intérêt qu'il y a 30 ans ?
Luc et Boubou sont très au courant. David et moi, moins. Certains groupes reprennent des morceaux de Strychnine. Ca fait plaisir. Je me dis que l’on n’avait pas fait tout ça pour rien...
Vous êtes fan de Joe Strummer, si vous aviez 20 ans aujourd'hui, vous citeriez qui ?
Je n’ai plus 20 ans….Difficile de se mettre à la place des autres ! Mais je me dis que si en Angleterre quelqu’un avait autant de choses pertinentes à gueuler que Joe Strummer à l’époque, j’en aurai entendu parler...
Concernant les nouvelles compositions, qui a écrit et qui a composé ?
J’ai toujours fait tous les textes. Pour le reste, j’amène des morceaux au groupe et les autres apportent leurs idées, leurs énergies. Le son qui est propre à chacun d’eux. On va très vite !
"Tous les cris" est le nom de l'album mais aussi du troisième titre. Quels sont ces cris ?
Probablement les cris du quotidien.
L'album ne serait t'il pas le constat de ces 30 ans passés ?
Non ! Surtout pas ! Il est totalement ancré dans notre présent. Excepté « l’avenir nous parle », que j’avais fait en 1989 et « Nomades », une compo du temps de Ze6 que Loran a déjà enregistré plusieurs fois, tous les autres morceaux ont été écrits dans l’année.
La sortie est prévue en février 2010. Qu'attendez-vous de lui ? 30 000 albums comme votre premier ? Même en pleine crise du disque ?
Nous n’attendons rien ! Prendre le plaisir de jouer le rock que l’on aime et le partager avec ceux et celles qui aiment ça…
Très franchement, j'écoutais vos compositions dernièrement, et je me disais qu'elles pourraient ressortir aujourd'hui. On ne ressent absolument pas que ces compositions ont 30 ans. Est ce que pourtant les arrangements ont été revus pour les concerts ? Ou est ce que l'ensemble et le son se rapproche des originaux ?
Les anciens morceaux sont joués très proches de l’origine. Mais le son est plus musclé. Personnellement, je les ai toujours entendus sonner comme ça dans ma tête.
Votre premier single c'était "je suis jeune et je t'emmerde". Diriez-vous aujourd'hui, je suis vieux et je vous emmerde toujours ?
On pourrait…Mais je trouve que ce serait un peu facile, et puis on n’a pas envie d’emmerder tout le monde et ceux à qui ça pourrait s’adresser ne viendront de toutes façons jamais à nos concerts…
Vous aviez à l'époque sorti votre premier album en autoproduction. Que pensez-vous de l'évolution de la musique de vos débuts à aujourd'hui, et la présence aujourd'hui de l'internet dont on ne peut plus se passer pour se faire connaître ?
Ravis de cette évolution qui nous permet d’avoir un contact plus direct avec ceux et celles qui ont envie de suivre ce que l’on fait. Ca vaut de l’or ! Quand nous avons commencé, il n’y avait ni sites, ni labels, ni fanzines, ni circuits de clubs, pas de salles ou de studios adaptés et nous avons beaucoup souffert de ça.
Guillaume Joubert pour Zikannuaire.com
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