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LOFOFORA

Mise en ligne le 10/11/2011 - (Lu 3482 fois)


 


20 ans après ses débuts, Lofofora réussit encore à s’imposer comme LA référence du métal hexagonal avec une énergie renouvelée par l’envie d’en découdre et l’arrivée d’un nouveau batteur. Voici quatre ans (Mémoire de Singes, 2007, At(h)ome / Wagram) que Lofofora n’avait pas posé son regard critique sur la société, un regard toujours aussi acéré et le constat est sans appel !

Bientôt 20 ans d’existence et pas moins d'inspiration et d’engagement. 20 ans au détour des courants, du punk, du métal et du hardcore, des étiquettes et des genres,que ce soit chez l’indé ou la major.20 ans à cracher dans la langue de Molière un regard sur le monde à la fois cynique et véridique.20 ans passés à faire vivre et transpirer les foules, en salles ou en festivals, du feu l’Elysée Montmartre à la Fête de l’Humanité, en passant par les Eurockéennes de Belfort.

A l’aube de son 7ème album studio Monstre Ordinaire (24 Octobre 2011, At(h)ome /Wagram), tout ce que l’on peut dire, c’est que Lofofora n’a pas perdu de sa verve, ni même de ses idées et de son énergie créative. Rien d’autre à dire.

Salut Reuno ! Tout d'abord merci pour cette claque sonore et visuelle à travers de Monstre Ordinaire et de ta présence dans nos pages. Le processus de création a-t'il évolué avec cette expérience studio ?

Le plus grand changement pour Lofo a été l'arrivé de Vincent, notre nouveau batteur depuis 2 ans et demi. C'est son aptitude à être plus "à l'écoute" que ses prédécesseurs qui a permis à Phil (basse) et Daniel (guitare) de s'épanouir dans leur jeu, dans leur créativité. Ils m'ont vraiment épaté, et être surpris par son groupe après plus de 20 ans d'existence, c'est grave motivant. Sinon le processus reste le même, chacun arrive en répète avec ses idées, quand elles conviennent à tous on s'y colle façon "jam" puis on structure et j'écris les textes de mon côté.

Tu écris toujours la majorité des textes ? Où puises-tu tes inspirations quand tu poses les mots sur le papier ?

Ouais, je les écris tous et tout seul. L'inspiration me vient avant tout de la musique que font mes potes, j'y vois des images que j'essaie ensuite de transcrire dans mes paroles. Un peu comme si en entendant une bande originale j'essayais d'en imaginer le film. Après les sujet abordé sont toujours un peu les mêmes parce que c'est une musique qui permet d'extérioriser sa colère, ses frustrations et que j'ai besoin de ça pour garder tant bien que mal ma santé mentale. Le monde qui m'entoure, ses déviances,  ses injustices et pour le coup sa monstruosité sont également un puits sans fond ou se niche l'inspiration.

L'enregistrement a eu lieu au Rec-Studio (Genève) sous la houlette de Serge Morattel (Hateful Monday, Knut), Parles-nous un peu du lieu, du personnage et de son apport dans votre musique.

L'endroit idéal, un studio assez roots pour s'y sentir à l'aise rapidement et assez confort pour y être en confiance, mais avant tout c'est l'antre de Serge et ce studio lui ressemble. On a eu avec ce mec une des meilleurs rencontre que Lofo n'ai jamais faite, il a tout compris au groupe, au son que l'on recherchait et à la personnalité de chacun pour tirer de nous ce qu'on avait de mieux. Il s'était fixé comme objectif de reproduire sur ce disque l'énergie que nous développons en live et de l'avis de tous c'est réussi. Merci monsieur Morattel !

Quatre années après mémoire de singes, vous avez eu besoin de prendre le temps pour l'écriture ?

Surtout le temps d'intégrer un nouveau batteur, de s'occuper un peu de nos vies aussi et puis c'est vrai, le temps aussi de sortir quelque chose de diffèrent.  C'est notre septième album studio et on n’allait pas faire un disque parce que c'était l'heure. Si on continue à exister c'est avant tout par l'envie de faire évoluer ce groupe, à l'envoyer dans d'autres ambiances. Ne pas essayer de resservir la même recette, c'est notre façon de respecter cette histoire de groupe et le public qui nous suit.
Cet album me prouve bien que vous restez dans votre formatage, un harcore punk rageur lié à un propos engagé. Tu n'as toujours pas d'envie de partir vers d'autres espaces musicaux ?

Rapport à la question précédente, ce terme de formatage ne me conviens pas. Lofofora est un groupe énervé, soit, mais on ne se fixe jamais de limites. Si on avait soudain envie de faire des ballades, de parler de la douceur de la vie, on le ferait. Seulement nous sommes des gars sensibles au monde dans lequel on vit et tout ce merdier nous met la rage, alors plutôt que de poser des bombes on a choisi d'extérioriser notre haine de manière plus constructive à travers notre musique. De mon côté, j'ai tout de même le loisir d'explorer d'autre facettes du rock avec l'autre groupe dans lequel je chante, Mudweiser, un projet stoner rock, gras et psychédélique.

Ce monstre ordinaire est-il un reflet de l'homme urbain dans votre musique ?

Pas seulement urbain. La centaine d'agriculteurs et éleveurs qui se suicident chaque année dans l'indifférence générale, je trouve ça tout encore plus monstrueux que les suicidés de France Telecom. Le monde rural n'est pas épargné par la monstruosité du système, bien au contraire. Mais on préfère parler des problèmes de la banlieue, ça dérange moins les idées reçues et les boucs émissaires sont plus faciles à désigner.

Quelles sont les ambitions actuelles pour un groupe comme Lofofora ?

Continuer à foutre le bordel et voyager le plus loin possible avec notre musique, tant qu'on aura envie de bander.

Tu as une fille dont l’âge n'est pas bien loin de celui du groupe me semble-t-il, quel est son regard sur la musique de son père ? Une future musicienne en herbe ?

Elle est contente, je crois, de ne pas avoir un papa comme les autres, un peu fière aussi…Mais même si elle est très ouverte d'esprit et qu'elle apprécie le rock quand il n'est pas trop bourrin, ce n'est pas une rockeuse. Lofofora ça gueule un peu trop pour elle.

Cite-moi cinq mots qui décriraient le mieux ton personnage...

Feu, Utopiste, Franc, Insoumis, Déterminé.

Les disquaires ferment les uns après les autres, le modèle économique de la musique évolue avec les technologies proposées. Crois-tu encore aux disques "physiques" pour l'avenir.

Oui, pour les collectionneurs, aujourd'hui avec la dématérialisation de la musique, on voit également apparaitre un regain d'intérêt pour le vinyle. Y compris chez une génération qui n'est censé n'avoir connu que le cd. Je trouve ça cool. Pour moi, un album sans disque, sans artwork, sans les crédits, sans les paroles ça perd un peu de sa saveur. Un disque ça n'est pas que la musique qui s'y trouve, c'est un ensemble. Et puis les téléchargements sont généralement en mp3 et à moins d'aimer les cymbales qui sonnent comme des assiettes en plastique, rien ne vaut l'original.

Vos tournées sont toujours l'occasion de rencontres plus ou moins enrichissantes. Quelles ont été pour toi les plus marquantes sur cette année 2011 ? 

Une after avec les mecs de Street Dogs un groupe de Boston après un concert avec le Bal des Enragés à Zikenstock. D'habitude les groupes ricains sont plutôt distants mais eu sont venus nous chercher pour les rejoindre près de leur camion ou ils avaient improvisé un barbecue, sorti les guitares et des grosses bières allemandes. On a eu droit à des pures chansons Irlandaises et à une ambiance super conviviale  entre personnes de bonne compagnie. Je n'ai jamais mis les pieds en Irlande ni à Boston mais à mon avis leur chaleur humaine n'est pas une légende. La classe.

Peut-être un nouvel embarquement pour le bal des enragés version 2012 ?

Certainement quelques dates l'année prochaine mais en tout cas une belle tournée d'une dizaine de dates avec les amis de Tagada Jones est prévue au printemps avec surement un rappel commun au relent de Bal.

Si tu devais partir sur une île déserte avec pour seule compagnie un CD et un livre, que choisirais-tu ?

L'histoire de Melody Nelson de Serge Gainsbourg et un livre que je n'aurai pas encore lu, Don Quichotte de Cervantès.

Je te laisse conclure l'entretien avec ce que bon te semble, un coup de cœur ou de gueule peut-être ?

Un coup de gueule alors: Arrêtez de dire que les disques sont chers alors qu'ils n'ont pas augmenté depuis 10 ans. Aujourd'hui, un cd est moins cher que 3 paquets de clopes. Moi je veux bien que la musique soit gratuite mais comment on paie le studio et l'igné son? Il faudrait aussi penser à faire mon loyer gratuit et le supermarché aussi. Sans déconner quand j'en entend certains tenir des propos sur la gratuité de la musique alors que la gratuité de la santé ou de l'éducation qui est largement remise en cause ces derniers temps ne les fait pas sourciller, ça me fait doucement rigoler, jaune. Et à côté de ça, arrêtez de payer 60 euros pour aller voir des groupes qui se foutent de vos gueules en engraissant Live Nation et autres marchands de soupe et leur processus d'écrasement de la culture. Ces gens-là investissent dans le spectacle pour en faire du pur entertaiment parce que c'est conseillé par les traders outre atlantique comme ils le font pour le pétrole ou l'uranium en Afrique, avec la même obligation de résultat et avec aussi peu d'état âme. Alors bien sûr, il y a là moins de répercussion sur l'environnement et les populations, c'est juste une autre façon perverse d'abuser de notre temps de cerveau disponible.

Gérard pour Zikannuaire.com

 

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