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USMAR

Mise en ligne le 11/11/2009 - (Lu 1125 fois)


 


Quand les uns se targuent d’être les héritiers de Brel et Brassens, Usmar préfère évoquer Iam, Massive Attack, Björk ou Chet Baker… Rap, électro, jazz, des influences qui lui ont fait plonger la tête dans les sampleurs en plus d’avoir les mains sur le piano. En découle un univers musical moderne et classieux et le “je” qui résonne comme une profession de foi.
Après quelques années d’expérience en groupe, Usmar abandonne la « collocation artistique » pour se livrer à un projet solitaire et personnel. Il a digéré de nombreux styles musicaux allant du rap, au trip-hop de Bristol, en passant par la chanson française de Nougaro à Biolay.

Il se lance avec un premier album « l’âge des possibles » (octobre 2005) qui lui permettra de fouler les scènes des Francofolies de la Rochelle, du Bataclan ou du Printemps de Bourges (il reçoit le prix résidence Sacem)…
2008, entouré d’une équipe renforcée, (éditeur, manager, tourneur) Usmar termine la production de son deuxième album : « rien n’est parfait ». Toujours auteur, compositeur, arrangeur, Usmar confie le mixage à l’ingénieur du son « Reptile » (Ntm, Assassin, Sniper, Trust…). En découle un album ambitieux et audacieux ou la langue française se confronte aux sonorités électroniques, aux rythmiques hip-hop, tout en laissant la part belle aux mélodies et aux instruments. (la sortie est prévu pour le printemps 2009).

Pour ne rien gâcher, Usmar met autant d’appétit et d’originalité dans ses disques que sur scène, avec ses 3 musiciens qui accompagnent ses chansons désenchantées. Un spectacle qui mêle énergie et émotion, batterie acoustique et séquence électronique, synthés bidouillés et guitare folk.

Tu sors ton 2ème album après « L’âge des possibles » qui t’avait permis de faire quelques belles rencontres lors de festivals. Concrètement, que s’est-il passé pour toi entre ces 2 albums ?

Il s’est passé 4 ans, ce qui est énorme, je trouve, entre deux disques. Mais en même temps, j’avais envie de prendre mon temps, de ne pas faire le même album. Après, je n’ai pas fait que ça sur cette période puisque je travaille avec une compagnie de théâtre pour qui je fais des musiques de spectacle. Je tourne avec eux, donc il y a eu pas mal de création musicale, des ateliers d’écriture avec des enfants, des musiques pour des sites internet…J’ai écrit des chansons pour d’autres personnes. Toutes ces expériences ont nourri cette création du 2ème album en plus de tout ce qui se passait dans ma vie, car ma musique est très influencée par ma vie d’homme, surtout au niveau de l’écriture. Il y a eu aussi quelques concerts avec ces nouvelles chansons en étant quatre sur scène, on avait fait toute la tournée du 1er album à deux. On a testé des choses à quatre, et c’est peut-être aussi pour ça que ça a pris autant de temps. Il fallait trouver les bonnes personnes pour terminer le disque, pour le sortir dans de meilleures conditions que le premier. La grosse différence, ça a été d’avoir fait de la scène en fait. Le 1er album a été fait tout seul à la maison et suite à ça, il y a eu le Printemps de Bourges, les Chantiers des Francofolies, les Francofolies de La Rochelle, le Bataclan, beaucoup de concerts dans le Nord. Je me suis révélé en tant qu’interprète, parce que j’étais avant tout un auteur compositeur. Ce 2ème album est beaucoup plus chanté et au niveau de la musique, je pense avoir progressé dans la production. J’ai l’impression que tout est mieux…  

Est-ce que pour celui-ci, tu as bénéficié de plus de moyens techniques et financiers ?

On s’est donné les moyens par rapport au 1er où j’étais vraiment tout seul. J’ai rencontré mon manager actuel avec qui j’ai monté un label pour sortir l’album. J’ai un éditeur qui est Sony Publishing, un tourneur, un attaché de presse…On s’est créé une petite équipe pour faire comme les grands, évidemment sans avoir leur budget mais en se donnant des moyens respectables pour que ce disque existe.    

Les choses avancent doucement mais sûrement pour qui persévère…

Aujourd’hui, on est dans un marché assez difficile, on est en plein changement, en pleine révolution même. J’ai vraiment l’impression que c’est aussi difficile pour les gros que pour les petits. Je côtoie pas mal d’artistes qui me disent qu’il y a 5 ans, ils vendaient 4000 albums facilement et aujourd’hui, ils en vendent à peine 1500. Mais on doit appréhender cette nouvelle façon de fonctionner avec les nouveaux moyens de communication. Moi qui suis un peu Geek, tout ça m’intéresse. J’ai autant de plaisir à travailler la musique que l’image. Tout ça ne me fait pas peur, mais c’est vrai qu’on investit, on prend son temps et on n’est pas sûr d’avoir un retour sur investissement. Mais on le fait quand même, parce que le but c’est de se faire plaisir, de sortir un beau disque et d’essayer de toucher un maximum de gens.

Tu as pris le temps pour écrire ce nouvel album. Comment as-tu sélectionné les morceaux qui le composent ?

J’ai commencé à écrire en 2006. Il n’y a pas de règle…Parfois, j’écris juste un texte, d’autre fois le texte vient en même temps que la musique…J’écris aussi en fonction de ce qui se passe dans ma vie, c’est vraiment une écriture de besoin.

Tu n’avais pas spécialement de thème conducteur ?

C’est venu après en fait. J’ai commencé à écrire puis je me suis rendu compte que c’était vraiment lié à ce qui se passait dans ma vie. J’avais un peu l’impression de péter les plombs. Peut-être que je voulais que ça aille trop vite. J’avais des problèmes personnels comme tout le monde…Je me suis rendu compte qu’il y avait toujours ce rapport à la recherche de la perfection. J’ai écrit un texte là-dessus « Rien n’est parfait » qui traitait des petits défauts qu’on a. Par couplet de quatre lignes, ça racontait l’histoire d’une personne qui avait son petit défaut. C’était inspiré des gens autour de moi ou des gens dans la rue. Avec les chansons qui commençaient à s’accumuler, j’ai remarqué qu’il y avait ce fil conducteur : les petites choses qu’on a en nous qu’on prend pour des défauts mais qui font notre force ou notre personnalité. Finalement, je me suis dit que ça pourrait faire un bon titre d’album et j’ai écrit une trentaine de chansons en suivant ce fil conducteur. J’ai gardé les 12 qui me plaisaient le plus et qui entraient le plus dans ce concept du trentenaire qui n’a pas peur d’accepter son imperfection. 

Le thème de l’amour, de la fidélité et du rapport homme-femme revient souvent dans tes chansons…Serais-tu un peu féministe ?

Je ne suis peut-être pas féministe, mais loin d’être machiste. C’est vrai que c’est amusant de se mettre à la place de l’autre sexe, parce que c’est vraiment quelque chose qu’on ne pourra jamais comprendre. Surtout aujourd’hui où dans notre société, tous les rapports sont un peu en train de changer par rapport à la génération de nos parents. Nous discutons souvent ma femme et moi, de comment nous concevons le couple et les enfants, et c’est très différent d’il y a 40 ans. La place de la femme est en train de changer, et tant mieux. Mais ce n’est pas pour autant que l’homme se mettra un jour à la place de la femme. Dans la chanson « T’abuses », je me mets à la place d’une femme qui vient de se faire trahir et elle essaie de dire ce qu’elle a sur le cœur. Après, je parle beaucoup du couple, même si c’est un sujet qu’on voit beaucoup en chanson. J’essaie d’y mettre quelque chose de personnel, ou une façon de traiter le sujet un peu singulière. Dans « Les Autruches », je parle d’infidélité mais j’essaie d’y amener quelque chose de second degré. C’est difficile de se renouveler en termes d’idées, mais il faut essayer d’y apporter une vision différente. 

Tu me disais que tu avais voulu travailler l’image pour faire de ton album un bel objet. Comment on travaille tout ça quand on n’a pas d’énormes moyens ? Tu as fait appel à des graphistes, des photographes ?

Déjà, j’ai fait 4 ans d’études de communication, j’ai travaillé 2 ans dans une société de multimédias, donc j’ai un peu baigné dans cet univers de création visuelle. Je connais beaucoup de graphistes. Et puis, j’ai rencontré un photographe parisien, Constantino Ruiz Lopez via Myspace. J’appréciais son travail, et lui aimait bien ce que je faisais. Quand le disque a commencé à prendre forme, je me suis dit que ce serait super que chaque chanson soit mise en valeur par une photographie et le point de vue d’un autre artiste. Il a donc trouvé une mise en scène pour chaque titre. Le digipack est un fourreau en carton où se trouve le CD et 12 photos au format carré avec au dos, le texte de chaque chanson. On se retrouve donc avec une sorte d’objet ou de livre où toutes les photos ont leur histoire et en même temps, forment ensemble quelque chose de cohérent.

Tu t’es retiré de la plateforme Myspace et tu as choisi d’offrir un beau site, avec l’intégralité de ton album en écoute. Pourquoi ce choix ?

Il y a un moment où on est un peu assailli de fausses invitations et on sent bien que tout ça, c’est vraiment de l’hypocrisie. Tout le monde fait sa pub sur Myspace. Pendant deux ans, j’ai bossé dans une boite où on créait le site d’Alain Souchon, de Françoise Hardy, d’Henri Chapier, des sites extrêmement qualitatifs, créatifs. Internet permet d’avoir un espace de créativité énorme et sans limite. Après, c’est une question de travail et de temps. Alors, je ne remets pas du tout en cause le côté génial de pouvoir rencontrer des gens via Myspace, il y a du buzz qui peut se créer. Mais tout d’un coup, les artistes, on a tous la même page. Même si on peut le customiser, ça reste très sommaire. On a tous ce même player où la qualité audio est décidée par Myspace. Et finalement, il n’y a plus du tout de créativité alors qu’il y en avait énormément il y a quelques années. C’est une sorte d’uniformisation de l’espace créatif des artistes. Du coup, dans les maisons de disques, on ne fait plus de site internet parce qu’il y a Myspace. Je pense qu’il doit y avoir de la musique et un univers visuel créatif à tout niveau, un espace propre à l’artiste. Donc, j’ai arrêté Myspace, je ne répond plus aux messages et tout se passe sur mon site. Les gens qui m’aiment  et ont envie de me suivre viendront sur mon site, ils laisseront de vrais commentaires et pas de la pub pour leur prochain concert. On est suffisamment submergé par la pub.  

Tu mélanges pas mal de styles pour créer ta propre couleur musicale : hip-hop, folk, chanson française, son électro…ça vient d’une culture musicale assez variée ?

C’est exactement ça. Depuis que j’écoute de la musique, il y a toujours eu des ponts entre chaque style qui m’ont amené à en découvrir un autre. Quand j’avais 14 ans, j’écoutais la musique grunge, Nirvana, Pearl Jam, Sound Garden, Alice in Chains. Après, j’ai eu envie d’écouter des choses un peu plus musclées comme Rage Against the Machine. Et eux mélangent un peu le rock avec le rap. Ce flot me plait et en même temps, je ne connais pas très bien, donc je commence à m’intéresser au rap américain, je découvre Public Enemy, Snoop Doogy Dog…et puis ça me pousse à m’intéresser à ce qui se passe en France. Donc, je commence à écouter du rap français et je commence à m’intéresser à nouveau à la langue française. Je n’écoutais absolument pas de chanson française, mes parents écoutaient beaucoup de jazz, c’est pour ça aussi que Miles David et John Coltrane sont entrés dans mes oreilles un peu malgré moi. Quand on a 8-10 ans, on a du mal à appréhender le jazz et c’est tout à fait normal. Le fait d’écouter du hip-hop m’a fait découvrir les programmations électroniques, j’ai donc commencé à écouter du trip-hop, de la drum and bass…J’ai toujours été curieux et j’ai toujours eu envie d’aller voir ce qui se passe ailleurs. Je trouve ça intéressant de ne pas me cantonner à un seul style. Du coup, j’ai écouté plein de choses et j’aime beaucoup de styles musicaux différents. Et ce qui me plait aujourd’hui dans la musique, ce sont les groupes qui savent mélanger les choses. J’ai donc digéré toutes mes influences et après, pourquoi on ne pourrait pas mettre un beat hip-hop avec un texte chanté en français ou un air folk avec des petits bidouillages au synthé? J’essaie de créer ma propre sauce maintenant et tant mieux si ça prend.

On trouve aussi quelques bruits de la vie sur ton album : des chants d’oiseaux, des babillements de bébé…Comment as-tu collecté tous ces sons ?

Je fais souvent ça dans mes créations pour le théâtre, je prends des sons de la vie quotidienne et je les retravaille dans les samplers. J’aime bien travailler sur les textures, ne pas forcément prendre des sons de synthé ou de guitare tels quels. Ce qui me passionne au-delà du travail d’écriture, c’est l’arrangement et tout le travail de production. C’est de la recherche, et c’est aussi ce qui a pris du temps sur ce disque, d’être sûr de trouver la bonne couleur sur chaque titre et qu’il y ait une vraie cohérence entre les morceaux. Et comme je passe à travers beaucoup de styles, il ne fallait pas que ce soit le foutoir.

Tu as beaucoup joué aux Sentiers des Halles ce mois-ci. Y a-t-il une tournée de prévue par la suite ?

On est en train de la préparer, c’est mon tourneur qui s’occupe de tout ça. On a travaillé pendant dix jours dans une salle du Nord Pas de Calais qui s’appelle le Centre Arc-en-ciel. J’ai été aussi aidé par le Conseil Général pour mettre en place ce spectacle. On a travaillé sur les chansons pour les adapter à la scène et faire la création lumière. J’ai travaillé avec Vincent Mongourdin qui est un créateur lumière assez reconnu dans la profession. Il a fait les lumières de Clarika, Berry, Laurent Voulzy…L’idée, c’était vraiment de créer un spectacle et pas simplement un concert où on enchaine les chansons, mais qu’il y ait aussi un petit fil conducteur. Je raconte une histoire à l’intérieur de tout ça. Après ces 10 jours de travail, l’idée, c’était de montrer ce concert aux professionnels, au public, et ça collait avec la sortie de l’album. On a cherché des dates sur Paris et il s’est avéré que le Sentier des Halles était très intéressé par le projet, il nous a soutenus dans cette démarche. C’est pour cela qu’on a calé autant de dates au sentier des Halles, pour roder le spectacle. La tournée devrait commencer en 2010 jusque…le plus loin possible. On va passer par les festivals d’été et on verra où cela nous mène.

Alors Usmar, même si on n’est plus dans l’âge des possibles, même si ton nouvel  album s’intitule « Rien n’est parfait », est-ce que tu continues à t’accrocher à tes rêves ?

En fait, sur cette période de création du 2ème disque, quelqu’un m’a dit : « Mais tu crois que l’âge des possibles, il n’est qu’à une certaine période de ta vie ? » ça m’a vraiment interpelé parce que cette personne m’a aussi dit : « L’âge des possibles, il dure toute la vie. » Ce qui est assez juste, et moi je croyais qu’il y avait des moments charnières dans la vie où des portes pouvaient s’ouvrir ou pas. Je croyais que c’était peut-être à une période donnée.

Tu as fait une crise de la trentaine, en te disant qu’arriver à 30 ans, il y avait des choses qui n’étaient plus possibles ?

Ça a été vraiment ça ! C’est pour ça que dans ce disque, il y a beaucoup de choses qui me sont arrivées et que j’ai voulu transcrire. Il est vraiment question d’une remise en question arrivé à 30 ans. Par exemple, la chanson « Pirate », elle est née vraiment de ça. A la veille de mes 30 ans, je me suis dit : « Mais est-ce que je ne suis pas devenu un pirate ? » en me rappelant du film de Spielberg, HOOCK. C’est l’histoire de Peter Pan qui a grandi, il a oublié qu’il était Peter Pan et il est devenu un homme d’affaire qui rachète et fusionne des entreprises…Il devient un pirate des temps modernes. Ce film m’avait interpelé à l’époque et ça ressort 18 ans plus tard, en me demandant si je ne suis pas devenu un pirate. Finalement, j’ai réalisé que oui, l’âge des possibles, c’est toute la vie. C’était aussi une période de crise de la trentaine avec cette volonté de tout contrôler dans sa vie, de vouloir une sorte de perfection dans les rapports amoureux, dans ses amis, de se dire qu’on ne sera pas le père parfait…l’amant parfait…Ce qui est intéressant, c’est qu’autant « L’âge des possibles » était la photographie de ces moments de ma vie à 25 ans où je pensais avoir encore la possibilité de choisir ce qui allait m’arriver… Autant « Rien n’est parfait » parle plus de mes 25-30 ans et dit que finalement, pour être heureux, il ne faut pas chercher à tout contrôler. Cet album correspond vraiment à une période de mon existence que j’ai essayé d’adapter en faisant un peu de poésie.

Et finalement, avec la maturité, est-ce que tu ne sais pas mieux ce que tu veux et ce que tu ne veux pas être ?

Je me rends compte maintenant, que ma vie d’homme influence ma vie d’artiste autant que ma vie d’artiste, le fait de faire des choix et d’établir un plan de carrière, influence ma vie d’homme. J’ai l’impression en tant qu’artiste, d’avoir ma petite entreprise et j’essaie de bien faire les choses sans trahir personne. J’estime avoir une sorte d’éthique de travail, et je pense que ça influence aussi mes relations  avec les autres dans ma vie en dehors de la musique. Parfois, les questions que je me pose en tant qu’homme, c’est la musique qui va m’aider à y répondre…et inversement. Ce n’est pas de la schizophrénie mais bon…En plus, le fait qu’Usmar soit mon 3ème prénom, ce n’est pas tout à fait un étranger. Ce n’est pas comme si d’un coup, j’entrais dans un personnage comme Mathieu Chédid et -M- par exemple. Usmar, c’est simplement la personnalité de Quentin qui ose aller sur scène présenter ses chansons. Moi, je suis plutôt quelqu’un de réservé dans la vie, ce qui est complètement différent de quand je monte sur scène. Et pourtant, c’est la même personne : Quentin influence Usmar et Usmar influence Quentin certainement.

Alors, j’ai envie de souhaiter bonne chance aux deux ! 

Oui, puisque l’un et l’autre rendent l’un et l’autre heureux…


Merci beaucoup Quentin !

Merci beaucoup pour ces questions plus profondes que d’habitudes…

Lucy pour Zikannuaire.com



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