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Oona MCOUAT

Mise en ligne le 13/09/2009 - (Lu 684 fois)

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Elle a été correspondante de guerre, elle a nagé avec les dauphins, elle fait de l’agriculture biologique et est aussi professeur. Aujourd’hui, elle puise dans la beauté de la Terre l’essence de ses chansons. La harpe, le piano et sa voix aérienne se marient à merveille dans une pureté hors du commun. 

Sa musique coule à nos oreilles comme une rivière nous connectant à l’avenir, avec un cœur qui bat pour espérer, la passion qui rend tout possible, révélant une artiste qui non seulement aime le monde dans lequel nous vivons, mais qui croit profondément en notre capacité à le rendre meilleur.

Oona, d’où viens-tu et comment le professeur est-elle devenue chanteuse ?

Je suis née et j’ai grandi à Vancouver au Canada bien que j’ai vécu à Hawaï la majeure partie de ma vie d’adulte. Je suis toujours professeur : j’enseigne le chant, la harpe et le piano, j’enseigne la musique dans une petite école située dans un centre de yoga. Je dirige des chorales d’enfants et de femmes, ainsi que des programmes créatifs et environnementaux. Je dirige ces ateliers de manière à montrer que le chant aide à se connecter spirituellement avec soi-même. Pour moi, il y a un lien naturel entre mon rôle de professeur et ma vocation de chanteuse et d’artiste. Enseigner m’aide à rester sincère et vraie.

J’imagine que tu as des racines irlandaises. Est-ce le cas ?

En fait, je suis à moitié Italienne et à moitié Ecossaise.

Loreena McKennitt est une de tes influences majeures. Qu’est-ce qui te touche dans sa musique ?

J’aime la façon dont Loreena a réussi à lier la culture celtique, panceltique et l’histoire dans ses chansons, elle mêle des paroles traditionnelles à un panel d’instruments du monde entier. J’admire la façon dont elle a réussi à mener sa barque toute seule, elle est l’une des premières véritables artistes indépendantes qui ait obtenu d’être distribuée par une major tout en gardant sa liberté de création et une marge bénéficiaire décente. La musique de Loreena touche cette part en moi qui reconnait et honore la culture et les croyances traditionnelles celtiques. Ma musique est différente de la sienne en bien des points. J’ai choisi de me focaliser sur un style plus contemporain, d’y ajouter la harpe celtique pour qu’elle rappelle ce côté mystique et ancien sans l’idéaliser. Je veux évoquer des sentiments et des actions qui se rapportent au monde dans lequel nous vivons maintenant. Nous vivons une époque folle de contestations significatives. Nous devons tirer une leçon du passé, mais nous devons tisser de nouveaux paradigmes pour mieux visualiser et créer un avenir durable pour la planète.

Elle écrit beaucoup  en s’inspirant de ses voyages. Qu’en est-il pour toi ?

Loreena a des albums à thème très orientés sur l’immigration des celtes et les différentes cultures qui ont influencé la musique celtique. Ses voyages avaient pour but d’éclaircir cette histoire. Je suis plus intéressée par les voyages intérieurs que nous faisons lorsque nous explorons nos vies : les choses universelles, les choses qui bougent et nous changent quand nous essayons de comprendre ce que c’est que d’être en vie. Je me sens plus concernée par notre rapport à la nature qu’avec l’aspect géographique des choses. Ceci étant dit, il arrive qu’une chanson soit inspirée d’un endroit spécifique, elle viendra à moi d’une manière qui me touche et m’illumine musicalement et émotionnellement. Je pense que c’est ce que le voyage nous apporte de plus beau : quand nous sommes dans un pays étranger à expérimenter de nouvelles choses, nous sommes amenés à appréhender des choses familières d’une nouvelle manière.

Tu as choisi de concentrer cet album sur les problèmes écologiques. Dis-moi, comment imagines-tu le monde à venir ?

Je suis optimiste. Je pense que nous avons une vingtaine d’année pour changer le monde, mettre fin au changement climatique et à l’acidification des océans qui menace de détruire la planète. Je trouve vraiment ironique que l’endroit où la vie sur Terre s’est formée, l’océan,  abrite les récifs de corail qui seront le premier écosystème mondial à s'effondrer si nous ne commençons pas à changer nos comportements de manière significative sur le plan personnel et politique dès maintenant.  Pour que ces changements se fassent, nous devons réévaluer nos priorités, nos styles de vie et nos politiques publiques. C’est une occasion énorme pour la croissance et le changement de  travailler collectivement pour construire une économie durable et équitable. Il nous faut vraiment apprendre à vivre plus simplement et plus harmonieusement avec la Terre.

Que ressens-tu pour la culture africaine qui t’inspire tant ?

Il y a deux ans, on m’a demandé de chanter pour un concert organisé par SOLID, une organisation canadienne qui travaille activement sur le problème du VIH et du SIDA en Afrique. A cette occasion, on m’a présentée à Mamello Mokholokoe, fondatrice du Phelisanong, c’est une résidence pour les enfants victimes et orphelins du SIDA. Momello se lève à l’aube et marche de village en village pour apporter des médicaments et son aide. Ma chanson « Africa » s’inspire d’elle.

James Mujuru, qui chante avec moi sur cette chanson, est le fils de feu Ephrat Mujuru, une personne qui a énormément fait pour la musique du Zimbabwé. James a fondé il y a deux ans le  Masango Cutural Center, une communauté dédiée au maintient de la culture traditionnelle et au soutien écologique. L'engagement désintéressé d'Africains comme Mamello et James me rappelle que le privilège est un pouvoir et que s'ils peuvent faire changer les choses, je peux aussi.


Cet été, nous avons célébré les 40 du festival de Woodstock. Tu as choisi de reprendre cette chanson « Woodstock » de Joni Mitchell. Pourquoi ?

C’est en rapport avec la phrase : “We’ve got to get ourselves back to the garden.”

En 1969, quand Joni a écrit cette chanson, on parlait très peu de la destruction de l’environnement. Quelques visionnaires comme Rachel Carlson dans son livre Silent Spring commençaient tout juste à évoquer le sujet, mais la plupart des gens considérait le monde et la nature comme un acquis. Ces 40 dernières années de développement effréné au détriment de la nature font qu’on va devoir payer la note. Aujourd’hui, je considère cette phrase comme un appel à se reconnecter avec la nature, à littéralement replanter quelques graines dans le sol, mais je la vois aussi comme une métaphore, un appel à revenir à un état d’esprit plus paisible, à une vie individuelle et collective plus en harmonie avec  le cycle des saisons.
Je crois vraiment en cela : “we’ve got to get ourselves back to the garden.” (Nous devons nous retrouver dans le jardin)
Si nous continuons à consommer et détruire nos ressources naturelles avec le même appétit, nous allons détruire toute forme de vie sur terre.


Est-ce ton premier album ? Peux-tu nous présenter les gens avec qui tu travailles ?

J’avais déjà enregistré deux EPs, Yearning et Only this Moment, mais il s’agit là de mon premier album. Il a été produit et réalisé par Daryl Chonka. Ce qui est drôle, c’est que j’ai littéralement traversé la moitié du globe afin de trouver la bonne personne pour créer cet album et je l’ai finalement trouvé à deux pas de chez moi. L’album a été enregistré dans un studio minuscule dans cette magnifique vallée ou Daryl et moi habitons. L’hiver dernier, alors que nous étions enneigés depuis un mois, Daryl et moi, on se promenait de l’autre côté de la montagne entre nos deux maisons, on s’est rencontré à mi-chemin et il m’a donné une copie de son dernier mixage. Il joue de plusieurs instruments sur ce disque : basse, piano, guitare, rythmiques. Il a subtilement amélioré le son de l’enregistrement sans rien ajouter qui aurait pu dénaturer le projet.

J’ai deux merveilleux violoncellistes sur cet album : Jami Sieber qui a déjà enregistré plusieurs albums solo, et Corbin Keep qui est un maître de l’improvisation. Il y a aussi deux violonistes- Zavalina Rokeby-Thomas, un artiste canadien très connu et Michael Fox qui a joué avec moi à Hawaï et qui vit désormais au Brésil. Tous les bois sont joués par Richard Lee qui est professeur de musique à l’université d’Hawaï et également mon bras droit. Il est à mes côtés depuis mes tous débuts à la harpe en public. Chris Bertin joue des percussions et du didgeridoo…Chris fabrique tous ses instruments lui-même souvent à partir de bois qu’il a produit écologiquement. Non seulement ses tambours ont un son génial mais en plus, ils ont de l’allure !

Il y a aussi deux choristes sur l’album : James Mujuru dont j’ai parlé précédemment, et Desmond Sutherland, un petit garçon de six ans qui étudie la musique avec moi. Desmond est très concerné par son héritage africain et quand j’ai cherché un enfant pour chanter un couplet de « Ancient Mother » avec moi, il m’a semblé qu’il était la personne idéale.


Tu as un peu voyagé pour enregistrer ses chansons : Hawaï, le Brésil…

En fait, Richard et Michaël ont enregistré leurs morceaux en studio au Brésil et à Hawaï puis ils me les ont envoyés. J’aurais aimé y être, mais tout ce dont ils avaient besoin, c’était de ma voix enregistrée pour faire leur partie.

Comment as-tu choisi ces 11 chansons ?

J’ai proposé une centaine de chansons à mon producteur Daryl. Pour la plupart, ce sont des démos où je chantais seule dans un micro depuis mon petit cottage l’automne dernier. Chacune était très importante pour moi, il m’était difficile de discerner quelles seraient celles qui toucheraient le plus d’auditeurs. Mais j’en suis venue à bout, parfois dans la douleur, pour réduire la liste au nombre de dix. La onzième fut une improvisation créée en studio. Daryl a fait la même chose de son côté, et quand nous avons comparé nos listes, elles étaient identiques !

Quels sont tes projets aujourd’hui ? As-tu ce désir de voyager à travers le monde avec ta musique comme a pu le faire Loreena McKennitt ?

Je travaille sur un projet très excitant de tournée, “The Back to the Garden Tour”, que je suis en train de développer avec un ami très cher et des promoteurs à Hawaï. Je ne veux pas trop en dire pour l’instant, si ce n’est que ce projet implique de déplacer ma musique avec quelques surprises, en Europe. Nous pensons travailler avec des groupes locaux et des communautés pour créer une tournée itinérante qui soutiendrait l’écologie, l’échange culturel et la bonne musique. Et la France est tout en haut de ma liste ! 

Lucy pour Zikannuaire.com








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